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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/513

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s’arrêtèrent à la porte cochère de la maison, avaient mis la rue de la Cerisaie en révolution. Clapart, qui entendit ouvrir toutes les fenêtres, sortit sur le carré.

— On vous ramène Oscar en poste ! s’écria-t-il d’un air où sa satisfaction se cachait sous une inquiétude réelle.

— Oh ! mon Dieu, que lui est-il arrivé ? dit la pauvre mère saisie d’un tremblement qui la secoua comme une feuille est secouée par le vent d’automne.

Brochon montait suivi d’Oscar et de Poiret.

— Mon Dieu ! qu’est-il arrivé ? répéta la mère en s’adressant au valet d’écurie.

— Je ne sais pas, mais monsieur Moreau n’est plus régisseur de Presles, on dit que c’est monsieur votre fils qui en est cause, et Sa Seigneurie a ordonné de vous l’expédier. D’ailleurs, voilà la lettre de ce pauvre monsieur Moreau, qu’est changé, madame, à faire trembler…

— Clapart, deux verres de vin pour le postillon et pour monsieur, dit la mère qui s’alla jeter sur un fauteuil où elle lut la fatale lettre ─ Oscar, dit-elle en se traînant vers son lit, tu veux donc tuer ta mère… Après tout ce que je t’avais dit ce matin.

Madame Clapart n’acheva pas sa phrase, elle s’évanouit de douleur.

Oscar resta stupide, debout. Madame Clapart revint à elle, en entendant son mari qui disait à Oscar en le remuant par le bras :

— Répondras-tu ?

— Allez vous mettre au lit, monsieur, dit-elle à son fils, et laissez-le tranquille, monsieur Clapart, ne le rendez pas fou, car il est changé à faire peur.

Oscar n’entendit pas la phrase de sa mère, il était allé se coucher dès qu’il en avait reçu l’ordre.

Tous ceux qui se rappellent leur adolescence ne s’étonneront pas d’apprendre qu’après une journée si remplie d’émotions et d’événements, Oscar ait dormi du sommeil des justes, malgré l’énormité de ses fautes. Le lendemain, il ne trouva pas la nature aussi changée qu’il le croyait, et il fut étonné d’avoir faim, lui qui se regardait la veille comme indigne de vivre. Il n’avait souffert que moralement. À cet âge, les impressions morales se succèdent avec trop de rapidité pour que l’une n’affaiblisse pas l’autre, quelque profondément gravée que soit la première. Aussi, le système des punitions corporelles, quoique des philanthropes