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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/504

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leur ai raconté un tas de gausses sur l’Égypte, la Grèce et l’Espagne. J’avais des éperons, je me suis donné pour un colonel de cavalerie, histoire de rire.

— Voyons, dit Moreau. Comment est le voyageur qui, selon vous, serait monsieur le comte ?

— Mais, dit Georges, il a la figure comme une brique, les cheveux entièrement blancs et les sourcils noirs.

— C’est lui !

— Je suis perdu ! dit Georges Marest.

— Pourquoi ?

— Je l’ai blagué sur ses décorations.

— Bah ! il est bon enfant, vous l’aurez amusé. Venez promptement au château, dit Moreau, je monte chez lui. Où vous a-t-il donc quitté ?

— En haut de la montagne.

— Je m’y perds, s’écria Moreau.

— Après tout, je l’ai blagué, mais je ne lui ai pas fait d’affront, se dit le clerc.

— Et pourquoi venez-vous ? demanda le régisseur.

— Mais j’apporte l’acte de vente de la ferme des Moulineaux, tout prêt.

— Mon Dieu ! s’écria le régisseur, je n’y comprends rien.

Moreau sentit son cœur battre à le gêner quand, après avoir frappé deux coups à la porte de son maître, il entendit : ─ Est-ce vous, monsieur Moreau ?

— Oui, monseigneur.

— Entrez !

Le comte avait mis un pantalon blanc et des bottes fines, un gilet blanc et un habit noir sur lequel brillait, à droite, le crachat des Grands-Croix de la Légion-d’Honneur ; à gauche, à une boutonnière, pendait la Toison-d’or au bout d’une chaîne d’or. Le cordon bleu ressortait vivement sur le gilet. Il avait lui-même arrangé ses cheveux, et s’était sans doute harnaché ainsi pour faire à Margueron les honneurs de Presles, et peut-être pour faire agir sur ce bonhomme les prestiges de la grandeur.

— Eh bien ! monsieur, dit le comte en restant assis et laissant Moreau debout, nous ne pouvons donc pas conclure avec Margueron ?

— En ce moment il vendrait sa ferme trop cher.