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Clotilde en souriant à sa sœur, elle ne garde pas longtemps ses adorateurs.

— D’Ajuda, mon ange, reprit la duchesse, a été le beau-frère de monsieur de Rochefide… Si notre cher directeur approuve les petits manéges auxquels il faut se livrer pour faire réussir le plan que j’ai soumis à ton père, je puis te garantir le retour de Calyste. Ma conscience répugne à se servir de pareils moyens, et je veux les soumettre au jugement de l’abbé Brossette. Nous n’attendrons pas, mon enfant, que tu sois in extremis pour venir à ton secours. Aie bon espoir ! ton chagrin est si grand ce soir que mon secret m’échappe ; mais il m’est impossible de ne pas te donner un peu d’espérance.

— Cela fera-t-il du chagrin à Calyste ? demanda Sabine en regardant la duchesse avec inquiétude.

— Oh ! mon Dieu ! serai-je donc aussi bête que cela ! s’écria naïvement Athénaïs.

— Ah ! petite fille, tu ne connais pas les défilés dans lesquels nous précipite la vertu, quand elle se laisse guider par l’amour, répondit Sabine en faisant une espèce de fin de couplet, tant elle était égarée par le chagrin.

Cette phrase fut dite avec une amertume si pénétrante que la duchesse, éclairée par le ton, par l’accent, par le regard de madame du Guénic, crut à quelque malheur caché.

— Mes enfants, il est minuit, allez… dit-elle à ses deux filles dont les yeux s’animaient.

— Malgré mes trente-six ans, je suis donc de trop ? demanda railleusement Clotilde. Et pendant qu’Athénaïs embrassait sa mère, elle se pencha sur Sabine et lui dit à l’oreille : — Tu me diras quoi !… J’irai demain dîner avec toi. Si ma mère trouve sa conscience compromise, moi, je te dégagerai Calyste des mains des infidèles.

— Eh bien, Sabine, dit la duchesse en emmenant sa fille dans sa chambre à coucher, voyons, qu’y a-t-il de nouveau, mon enfant ?

— Eh ! maman, je suis perdue !

— Et pourquoi ?

— J’ai voulu l’emporter sur cette horrible femme, j’ai vaincu, je suis grosse, et Calyste l’aime tellement que je prévois un abandon complet. Lorsque l’infidélité qu’il a faite sera prouvée, elle deviendra furieuse ! Ah ! je subis de trop grandes tortures pour pouvoir