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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/471

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les gendarmes de la brigade de Pierrefitte, et d’assigner comme témoins tous les voyageurs qui sont dans la voiture.

Ces paroles coupèrent d’autant mieux la parole à Georges qu’on arrivait devant la brigade de gendarmerie, dont le drapeau blanc flottait, en termes classiques, au gré du zéphyr.

— Vous avez trop de décorations pour vous permettre une pareille lâcheté, dit Oscar.

— Nous allons le repincer, dit Georges à l’oreille d’Oscar.

— Colonel, s’écria Léger que la sortie du comte de Sérisy oppressait et qui voulait changer de conversation, dans les pays où vous êtes allé, comment ces gens-là cultivent-ils ? Quels sont leurs assolements ?

— D’abord, vous comprenez, mon brave, que ces gens-là sont trop occupés de fumer eux-mêmes pour fumer leurs terres… (Le comte ne put s’empêcher de sourire. Ce sourire rassura le narrateur.)… Mais ils ont une façon de cultiver qui va vous sembler drôle. Ils ne cultivent pas du tout, voilà leur manière de cultiver. Les Turcs, les Grecs, ça mange des oignons ou du riz… Ils recueillent l’opium de leurs coquelicots, qui leur donne de grands revenus ; et puis ils ont le tabac, qui croît spontanément, le fameux Lattaqui ! puis les dattes ! un tas de sucreries qui croissent sans culture. C’est un pays plein de ressources et de commerce. On fait beaucoup de tapis à Smyrne, et pas chers.

— Mais, dit Léger, si les tapis sont de laine, elle ne vient que des moutons ; et pour avoir des moutons, il faut des prairies, des fermes, une culture…

— Il doit bien y avoir quelque chose qui ressemble à cela, répondit Georges ; mais le riz vient dans l’eau, d’abord ; puis, moi, j’ai toujours longé les côtes et je n’ai vu que des pays ravagés par la guerre. D’ailleurs, j’ai la plus profonde aversion pour la statistique.

— Et les impôts ? dit le père Léger.

— Ah ! les impôts sont lourds. On leur prend tout, mais on leur laisse le reste. Frappé des avantages de ce système, le pacha d’Égypte était en train d’organiser son administration sur ce pied-là, quand je l’ai quitté.

─ Mais comment… dit le père Léger qui ne comprenait plus rien.

— Comment ?… reprit Georges. Mais il a des agents qui pren-