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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/459

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— Ne dérangez personne, dit le comte à Pierrotin, je me mettrai près de vous sur le devant.

— Allons, Mistigris, dit le jeune homme au rapin, souviens-toi du respect que tu dois à la vieillesse, tu ne sais pas combien tu peux être affreusement vieux : les voyages déforment la jeunesse. Ainsi cède ta place à monsieur.

Mistigris ouvrit le devant du cabriolet et sauta par terre avec la rapidité d’une grenouille qui s’élance à l’eau.

— Vous ne pouvez pas être un lapin, auguste vieillard, dit-il à monsieur de Sérisy.

— Mistigris, les Arts sont l’ami de l’homme, lui répondit son maître.

— Je vous remercie, monsieur, dit le comte au maître de Mistigris qui devint ainsi son voisin.

Et l’homme d’État jeta sur le fond de la voiture un coup d’œil sagace qui offensa beaucoup Oscar et Georges.

— Nous sommes en retard d’une heure un quart, dit Oscar.

— Quand on veut être maître d’une voiture, on arrête toutes les places, fit observer Georges.

Désormais sûr de son incognito, le comte de Sérisy ne répondit rien à ces observations, et prit l’air d’un bourgeois débonnaire.

— Vous seriez en retard, ne seriez-vous pas bien aise qu’on vous eût attendus ? dit le fermier aux deux jeunes gens.

Pierrotin regardait vers la porte Saint-Denis en tenant son fouet, et il hésitait à monter sur la dure banquette où frétillait Mistigris.

— Si vous attendez quelqu’un, dit alors le comte, je ne suis pas le dernier.

— J’approuve ce raisonnement, dit Mistigris.

Georges et Oscar se mirent à rire assez insolemment.

— Le vieillard n’est pas fort, dit Georges à Oscar que cette apparence de liaison avec Georges enchanta.

Quand Pierrotin fut assis à droite sur son siége, il se pencha pour regarder en arrière sans pouvoir trouver dans la foule les deux voyageurs qui lui manquaient pour être à son grand complet.

— Parbleu ! deux voyageurs de plus ne me feraient pas de mal.

— Je n’ai pas payé, je descends, dit Georges effrayé.

— Et qu’attends-tu, Pierrotin ? dit le père Léger.

Pierrotin cria un certain hi ! dans lequel Bichette et Rougeot reconnaissaient une résolution définitive, et les deux chevaux s’é-