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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/441

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pourquoi ne demanderais-tu pas la place de Juge de paix à l’Isle-Adam ? nous y aurions de l’influence et quinze cents francs de plus. — Oh ! j’y ai bien pensé. » Dans ces dispositions, en apprenant que son maître voulait venir à Presles et lui disait d’inviter Margueron à dîner pour samedi, Moreau s’était hâté d’envoyer un exprès qui remit au premier valet de chambre du comte une lettre à une heure trop avancée de la soirée pour que monsieur de Sérisy pût en prendre connaissance ; mais Augustin la posa sur le bureau, selon son habitude en pareil cas. Dans cette lettre, Moreau priait le comte de ne pas se déranger et de se fier à son zèle. Or, selon lui, Margueron ne voulait plus vendre en bloc et parlait de diviser les Moulineaux en quatre-vingt-seize lots ; il fallait lui faire abandonner cette idée, et peut-être, disait le régisseur, arriver à prendre un prête-nom.

Tout le monde a ses ennemis. Or, le régisseur et sa femme avaient froissé, à Presles, un officier en retraite, appelé monsieur de Reybert, et sa femme. De coups de langue en coups d’épingle, on en était arrivé aux coups de poignard. Monsieur de Reybert ne respirait que vengeance, il voulait faire perdre à Moreau sa place et devenir son successeur. Ces deux idées sont jumelles. Aussi la conduite du régisseur, épiée pendant deux ans, n’avait-elle plus de secrets pour les Reybert. En même temps que Moreau dépêchait son exprès au comte de Sérisy, Reybert envoyait sa femme à Paris. Madame de Reybert demanda si instamment à parler au comte, que, renvoyée à neuf heures du soir, moment où le comte se couchait, elle fut introduite le lendemain matin, à sept heures chez Sa Seigneurie. — « Monseigneur, avait-elle dit au Ministre d’État, nous sommes incapables, mon mari et moi, d’écrire des lettres anonymes. Je suis madame de Reybert, née de Corroy. Mon mari n’a que six cents francs de retraite et nous vivons à Presles, où votre régisseur nous fait avanies sur avanies, quoique nous soyons des gens comme il faut. Monsieur de Reybert, qui n’est pas un intrigant, tant s’en faut ! s’est retiré capitaine d’artillerie en 1816, après avoir servi pendant vingt-cinq ans, toujours loin de l’Empereur, monsieur le comte ! Et vous devez savoir combien les militaires qui ne se trouvaient pas sous les yeux du maître avançaient difficilement ; sans compter que la probité, la franchise de monsieur de Reybert déplaisaient à ses chefs. Mon mari n’a pas cessé, depuis trois ans, d’étudier votre intendant dans le dessein de lui faire perdre sa