Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/440

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Henri IV. En ce moment, Moreau possédait cent vingt mille francs de capital placés dans le Tiers Consolidé, devenu le cinq pour cent et qui montait dès ce temps à quatre-vingts francs. Ces cent vingt mille francs inconnus, et sa ferme de Champagne augmentée par des acquisitions, lui faisaient une fortune d’environ deux cent quatre-vingt mille francs, donnant seize mille francs de rente.

Telle était la situation du régisseur au moment où le comte voulut acheter la ferme des Moulineaux dont la possession était indispensable à sa tranquillité. Cette ferme consistait en quatre-vingt-seize pièces de terre bordant, jouxtant, longeant les terres de Presles, et souvent enclavées comme des cases dans un jeu de dames, sans compter les haies mitoyennes et des fossés de séparation où naissaient les plus ennuyeuses discussions à propos d’un arbre à couper, quand la propriété s’en trouvait contestable. Tout autre qu’un ministre d’État aurait eu vingt procès par an au sujet des Moulineaux. Le père Léger ne voulait acheter la ferme que pour la revendre au comte. Afin de parvenir plus sûrement à gagner les trente ou quarante mille francs, objet de ses désirs, le fermier avait depuis longtemps essayé de s’entendre avec Moreau. Poussé par les circonstances, trois jours auparavant ce samedi critique, au milieu des champs, le père Léger avait démontré clairement au régisseur qu’il pouvait faire placer au comte de Sérisy de l’argent à deux et demi pour cent net en terres de convenance, c’est-à-dire avoir, comme toujours, l’air de servir son patron, tout en y trouvant un secret bénéfice de quarante mille francs qu’il lui offrit. — « Ma foi, avait dit le soir en se couchant le régisseur à sa femme, si je tire de l’affaire des Moulineaux cinquante mille francs, car monsieur m’en donnera bien dix mille, nous nous retirerons à l’Isle-Adam dans le pavillon de Nogent. » Ce pavillon est une charmante propriété jadis bâtie par le prince de Conti pour une dame, et où toutes les recherches avaient été prodiguées. ─ « Ça me plairait, lui avait répondu sa femme. Le Hollandais qui est venu s’y établir l’a très bien restauré, et il nous le laissera pour trente mille francs, puisqu’il est forcé de retourner aux Indes. ─ Nous serons à deux pas de Champagne, avait repris Moreau. J’ai l’espoir d’acheter pour cent mille francs la ferme et le moulin de Mours. Nous aurions ainsi dix mille livres de rente en terres, une des plus délicieuses habitations de la vallée, à deux pas de nos biens, et il nous resterait environ six mille livres de rente sur le Grand-Livre. — Mais