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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/431

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homme ? se dit il frappé d’une nouvelle idée, il me prendrait peut-être mon billet à six mois.

En ce moment, un valet sans livrée, chargé d’une malle en cuir, et venu de l’établissement Touchard où il n’avait pas trouvé de place pour le départ de Chambly à une heure après midi, dit au messager : ─ Est-ce vous qu’êtes Pierrotin ?

— Après ? dit Pierrotin.

— Si vous pouvez attendre un petit quart d’heure, vous emmènerez mon maître ; sinon je remporte sa malle, et il en sera quitte pour aller à cheval, quoique depuis longtemps il en ait perdu l’habitude.

— J’attendrai deux, trois quarts d’heure et le pouce, mon garçon, dit Pierrotin en lorgnant la jolie petite malle de cuir bien attachée et fermant par une serrure de cuivre armoriée.

— Eh bien ! voilà, dit le valet en se débarrassant l’épaule de la malle que Pierrotin souleva, pesa, regarda.

— Tiens, dit le messager à son facteur, enveloppe-la de foin doux, et place-la dans le coffre de derrière. Il n’y a point de nom dessus, ajouta-t-il.

— Il y a les armes de monseigneur, répondit le valet.

— Monseigneur ? plus que ça d’or ! Venez donc prendre un petit verre, dit Pierrotin en clignotant et allant vers le café de l’Échiquier où il amena le valet. ─ Garçon, deux absinthes ! cria-t-il en entrant… Qui donc est votre maître, et où va-t-il ? Je ne vous ai jamais vu, demanda Pierrotin au domestique en trinquant.

— Il y a de bonnes raisons pour cela, reprit le valet de pied. Mon maître ne va pas une fois par an chez vous, et il y va toujours en équipage. Il aime mieux la vallée d’Orge, où il a le plus beau parc des environs de Paris, un vrai Versailles, une terre de famille, il en porte le nom. Ne connaissez-vous pas monsieur Moreau ?

— L’intendant de Presles, dit Pierrotin.

— Eh bien ! monsieur le comte va passer deux jours à Presles.

— Ah ! je vais mener le comte de Sérisy, s’écria le messager.

— Oui, mon gars, rien que cela. Mais attention ! il y a une consigne. Si vous avez des gens du pays dans votre voiture, ne nommez pas monsieur le comte, il veut voyager en cognito, et m’a recommandé de vous le dire en vous annonçant un bon pourboire.

— Ah ! ce voyage en cachemite aurait-il par hasard rapport à