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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/415

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vous voulez votre femme. Eh bien ! je vous rends Honorine telle qu’elle est, et sans vous abuser sur ce qu’elle sera. Que deviendrai-je ? Mère ! je le souhaite. Oh ! croyez-le, je le souhaite vivement. Essayez de me transformer, j’y consens ; mais si je meurs, mon ami, ne maudissez pas ma mémoire, et n’accusez pas d’entêtement ce que je nommerais le culte de l’Idéal, s’il n’était pas plus naturel de nommer le sentiment indéfinissable qui me tuera, le culte du Divin ! L’avenir ne me regardera plus, vous en serez chargé, consultez-vous ?… » Elle s’est alors assise, dans cette pose sereine que vous avez su admirer, et m’a regardé pâlissant sous la douleur qu’elle m’avait causée, j’avais froid dans mon sang. En voyant l’effet de ses paroles, elle m’a pris les mains, les a mises dans les siennes, et m’a dit : « Octave, je t’aime, mais autrement que tu veux être aimé : j’aime ton âme… Mais, sache-le, je t’aime assez pour mourir à ton service, comme une esclave d’Orient, et sans regret. Ce sera mon expiation. » Elle a fait plus, elle s’est mise à genoux sur un coussin, devant moi, et, dans un accès de charité sublime, m’a dit : — « Après tout, peut-être ne mourrai-je pas ?… »

» Voici deux mois que je combats. Que faire ?… j’ai le cœur trop plein, j’ai cherché celui d’un ami pour y jeter ce cri : — Que faire ? »

Je ne répondis rien. Deux mois après les journaux annoncèrent l’arrivée, par un paquebot anglais, de la comtesse Octave rendue à sa famille, après des événements de voyage assez naturellement inventés pour que personne ne les contestât. À mon arrivée à Gênes, je reçus une lettre de faire part de l’heureux accouchement de la comtesse qui donnait un fils à son mari. Je tins la lettre dans mes mains pendant deux heures, sur cette terrasse, assis sur ce banc. Deux mois après, tourmenté par Octave, par messieurs de Grandville et de Sérizy, mes protecteurs, accablé par la perte que je fis de mon oncle, je consentis à me marier.

Six mois après la révolution de juillet, je reçus la lettre que voici et qui finit l’histoire de ce ménage.

« Monsieur Maurice, je meurs, quoique mère, et peut-être parce que je suis mère. J’ai bien joué mon rôle de femme : j’ai trompé mon mari, j’ai eu des joies aussi vraies que les larmes répandues au théâtre par les actrices. Je meurs pour la Société, pour la Famille, pour le Mariage, comme les premiers chrétiens mou-