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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/400

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précautions que vous en prenez vous-même… Enfin, il vous obéit… — Assez, répondit-elle. Je ne veux plus savoir qu’une seule chose. De qui tenez-vous ces détails ? — Eh ! mon Dieu, madame, mon oncle a placé chez le commissaire de police de ce quartier un jeune homme sans fortune en qualité de secrétaire. Ce jeune homme m’a tout dit. Si vous quittiez ce pavillon ce soir, furtivement, votre mari saurait où vous iriez, et sa protection vous suivrait partout. Comment une femme d’esprit a-t-elle pu croire que des marchands pouvaient acheter des fleurs et des bonnets aussi cher qu’ils les vendent ? Demandez mille écus d’un bouquet, vous les aurez ! Jamais tendresse de mère ne fut plus ingénieuse que celle de votre mari. J’ai su par le concierge de votre maison que le comte vient souvent, derrière la haie, quand tout repose, voir la lumière de votre lampe de nuit ! Votre grand châle de cachemire vaut six mille francs… Votre marchande à la toilette vous vend du vieux qui vient des meilleures fabriques… Enfin, vous réalisez ici Vénus dans les filets de Vulcain ; mais vous êtes emprisonnée seule, et par les inventions d’une générosité sublime, sublime depuis sept ans et à toute heure. » La comtesse tremblait comme tremble une hirondelle prise, et qui, dans la main où elle est, tend le cou, regarde autour d’elle d’un œil fauve. Elle était agitée par une convulsion nerveuse et m’examinait par un regard défiant. Ses yeux secs jetaient une lueur presque chaude ; mais elle était femme !… il y eut un moment où les larmes se firent jour, et elle pleura, non pas qu’elle fût touchée, elle pleura de son impuissance, elle pleura de désespoir. Elle se croyait indépendante et libre, le mariage pesait sur elle comme la prison sur le captif. — « J’irai, disait-elle à travers ses larmes, il m’y force, j’irai là où, certes, personne ne me suivra ! — Ah ! dis-je, vous voulez vous tuer… Tenez, madame, vous devez avoir des raisons bien puissantes pour ne pas vouloir revenir chez le comte Octave. — Oh ! certes ! — Eh bien ! dites-les-moi, dites-les à mon oncle ; vous aurez en nous deux conseillers dévoués. Si mon oncle est prêtre dans un confessionnal, il ne l’est jamais dans un salon. Nous vous écouterons, nous essaierons de trouver une solution aux problèmes que vous poserez ; et si vous êtes la dupe ou la victime de quelque malentendu, peut-être pourrons-nous le faire cesser. Votre âme me semble pure ; mais si vous avez commis une faute, elle est bien expiée… Enfin, songez que vous avez en moi l’ami le plus