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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/334

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sous Louis XV, on a dessiné des parcs à l’anglaise. De la terrasse, la vue s’arrête, au fond, sur une forêt dépendant de Rosembray et contiguë à deux forêts, l’une à l’État, l’autre à la Couronne. Il est difficile de trouver un plus beau paysage.

L’arrivée de Modeste fit une certaine sensation dans l’avenue, où l’on aperçut une voiture à la livrée de France, accompagnée du Grand-Écuyer, du colonel, de Canalis, de La Brière, tous à cheval, précédés d’un piqueur en grande livrée, suivis de dix domestiques parmi lesquels se remarquaient le mulâtre, le nègre et l’élégant briska du colonel pour les deux femmes de chambre et les paquets. La voiture à quatre chevaux était menée par des tigres mis avec une coquetterie ordonnée par le Grand-Écuyer, souvent mieux servi que le roi. En entrant et voyant ce petit Versailles, Modeste, éblouie par la magnificence des grands seigneurs, pensa soudain à son entrevue avec les célèbres duchesses, elle eut peur de paraître empruntée, provinciale ou parvenue ; elle perdit complétement la tête et se repentit d’avoir voulu cette partie de chasse.

Quand la voiture eut arrêté, fort heureusement Modeste aperçut un vieillard en perruque blonde, frisée à petites boucles, dont la figure calme, pleine, lisse, offrait un sourire paternel et l’expression d’un enjouement monastique rendu presque digne par un regard à demi voilé. La duchesse, femme d’une haute dévotion, fille unique d’un premier président richissime et mort en 1800, sèche et droite, mère de quatre enfants, ressemblait à madame Latournelle si l’imagination consent à embellir la notaresse de toutes les grâces d’un maintien vraiment abbatial.

— Eh ! bonjour, chère Hortense, dit mademoiselle d’Hérouville qui embrassa la duchesse avec toute la sympathie qui réunissait ces deux caractères hautains, laissez-moi vous présenter ainsi qu’à notre cher duc ce petit ange, mademoiselle de La Bastie.

— On nous a tant parlé de vous, mademoiselle, dit la duchesse, que nous avions grand’hâte de vous posséder ici…

— On regrettera le temps perdu, dit le duc de Verneuil en inclinant la tête avec une galante admiration.

— Monsieur le comte de La Bastie, dit le Grand-Écuyer en prenant le colonel par le bras et le montrant au duc et à la duchesse avec une teinte de respect dans son geste et sa parole.

Le colonel salua la duchesse, le duc lui tendit la main.