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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/33

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— C’est une sotte vie, mon Calyste, répliqua Sabine. Les jeunes gentilshommes de ce temps-ci devraient penser à reconquérir dans leur pays tout le terrain perdu par leurs pères. Ce n’est pas en fumant des cigares, faisant le whist, désœuvrant encore leur oisiveté, s’en tenant à dire des impertinences aux parvenus qui les chassent de toutes leurs positions, se séparant des masses auxquelles ils devraient servir d’âme, d’intelligence, en être la providence, que vous existerez. Au lieu d’être un parti, vous ne serez plus qu’une opinion, comme a dit de Marsay. Ah ! si tu savais combien mes pensées se sont élargies depuis que j’ai bercé, nourri ton enfant. Je voudrais voir devenir historique ce vieux nom de du Guénic ! Tout à coup, plongeant son regard dans les yeux de Calyste qui l’écoutait d’un air pensif, elle lui dit : « Avoue que le premier billet que tu m’auras écrit est un peu sec. »

— Je n’ai pensé à te prévenir qu’au club…

— Tu m’as cependant écrit sur du papier de femme, il sentait une odeur que je ne connais pas.

— Ils sont si drôles les directeurs de club !…

Le vicomte de Portenduère et sa femme, un charmant ménage, avaient fini par devenir intimes avec les du Guénic au point de payer leur loge aux Italiens par moitié. Les deux jeunes femmes, Ursule et Sabine, avaient été conviées à cette amitié par le délicieux échange de conseils, de soins, de confidences à propos des enfants. Pendant que Calyste, assez novice en mensonge, se disait : — Je vais aller prévenir Savinien, Sabine se disait : — Il me semble que le papier porte une couronne !… Cette réflexion passa comme un éclair dans cette conscience, et Sabine se gourmanda de l’avoir faite ; mais elle se proposa de chercher le papier que, la veille, au milieu des terreurs auxquelles elle était en proie, elle avait jeté dans sa boîte aux lettres.

Après le déjeuner, Calyste sortit en disant à sa femme qu’il allait rentrer, il monta dans une de ces petites voitures basses à un cheval par lesquelles on commençait à remplacer l’incommode cabriolet de nos ancêtres. Il courut en quelques minutes rue des Saints-Pères où demeurait le vicomte, qu’il pria de lui rendre le petit service de mentir à charge de revanche, dans le cas où Sabine questionnerait la vicomtesse. Une fois dehors, Calyste, ayant préalablement demandé la plus grande vitesse, alla de la rue des Saints-Pères à la rue de Chartres en quelques minutes, il voulait voir comment Béatrix avait passé