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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/328

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ma fidélité pendant dix ans sera récompensée, Éléonore me mariera toujours bien !

La partie de chasse devait être le rendez-vous de toutes les passions mises en jeu par la fortune du colonel et par la beauté de Modeste ; aussi vit-on comme une trêve entre tous les adversaires. Pendant les quelques jours demandés par les apprêts de cette solennité forestière, le salon de la villa Mignon offrit alors le tranquille aspect que présente une famille très unie. Canalis, retranché dans son rôle d’homme blessé par Modeste, voulut se montrer courtois ; il abandonna ses prétentions, ne donna plus aucun échantillon de son talent oratoire, et devint ce que sont les gens d’esprit quand ils renoncent à leurs affectations, charmant. Il causait finances avec Gobenbeim, guerre avec le colonel, Allemagne avec madame Mignon, et ménage avec madame Latournelle, en essayant de les conquérir à La Brière. Le duc d’Hérouville laissa le champ libre aux deux amis assez souvent, car il fut obligé d’aller à Rosembray se consulter avec le duc de Verneuil et veiller à l’exécution des ordres du Grand-Veneur, le prince de Cadignan. Cependant l’élément comique ne fit pas défaut. Modeste se vit entre les atténuations que Canalis apportait à la galanterie du Grand-Écuyer et les exagérations des deux demoiselles d’Hérouville qui vinrent tous les soirs. Canalis faisait observer à Modeste qu’au lieu d’être l’héroïne de la chasse, elle y serait à peine remarquée. Madame serait accompagnée de la duchesse de Maufrigneuse, belle-fille du Grand-Veneur, de la duchesse de Chaulieu, de quelques-unes des dames de la cour, parmi lesquelles une petite fille ne produirait aucune sensation. On inviterait sans doute des officiers en garnison à Rouen, etc. Hélène ne cessait de répéter à celle en qui elle voyait déjà sa belle-sœur, qu’elle serait présentée à Madame ; certainement le duc de Verneuil l’inviterait, elle et son père, à rester à Rosembray ; si le colonel voulait obtenir une faveur du Roi, la pairie, cette occasion serait unique, car on ne désespérait pas de la présence du Roi pour le troisième jour ; elle serait surprise par le charmant accueil que lui feraient les plus belles femmes de la cour, les duchesses de Chaulieu, de Maufrigneuse, de Lenoncourt-Chaulieu, etc. Les préventions de Modeste contre le faubourg Saint-Germain se dissiperaient, etc., etc. Ce fut une petite guerre excessivement amusante par ses marches, ses contremarches, ses stratagèmes, dont jouissaient les Dumay,