Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/323

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


brissent l’avenir de notre secrétaire, dont la fiancée a des dents d’un fil inquiétant pour toute espèce de fortune. Si mon ange veut racheter quelques-uns de nos péchés, elle tâchera de savoir la vérité sur cette affaire en faisant venir et questionnant, avec la dextérité qui la caractérise, Mongenod son banquier. Monsieur Mignon, ancien colonel de cavalerie dans la Garde Impériale, a été pendant sept ans le correspondant de la maison Mongenod. On parle de deux cent mille francs de dot au plus, et je désirerais, avant de faire la demande de la demoiselle pour Ernest, avoir des données positives. Une fois nos gens accordés, je serai de retour à Paris. Je connais le moyen de tout finir au profit de notre amoureux, il s’agit d’obtenir la transmission du titre de comte au gendre de monsieur Mignon, et personne n’est plus qu’Ernest, à raison de ses services, à même d’obtenir cette faveur, surtout secondé par nous trois, toi, le duc et moi. Avec ses goûts, Ernest, qui deviendra facilement Maître des Comptes, sera très heureux à Paris en se voyant à la tête de vingt-cinq mille francs par an, une place inamovible et une femme, le malheureux !

» Oh ! chère, qu’il me tarde de revoir la rue de Grenelle ! Quinze jours d’absence, quand ils ne tuent pas l’amour, lui rendent l’ardeur des premiers jours, et tu sais mieux que moi peut-être, les raisons qui rendent mon amour éternel. Mes os, dans la tombe, t’aimeront encore ! Aussi n’y tiendrais-je pas ! Si je suis forcé de rester encore dix jours, j’irai pour quelques heures à Paris.

» Le duc m’a-t-il obtenu de quoi me pendre ? Et auras-tu, ma chère vie, besoin de prendre les eaux de Baden l’année prochaine ? Les roucoulements de notre Beau Ténébreux, comparés aux accents de l’amour heureux, semblable à lui-même dans tous ses instants depuis dix ans bientôt, m’ont donné beaucoup de mépris pour le mariage, je n’avais jamais vu ces choses-là de si près. Ah ! chère, ce qu’on nomme la faute lie deux êtres bien mieux que la loi, n’est-ce pas ? »

Cette idée servit de texte à deux pages de souvenirs et d’aspirations un peu trop intimes pour qu’il soit permis de les publier.

La veille du jour où Canalis mit cette épître à la poste, Butscha, qui répondit sous le nom de Jean Jacmin à une lettre de sa prétendue cousine Philoxène, donna douze heures d’avance à cette réponse