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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/302

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choisissez pour mari, mais vous ne l’aimerez point. Le froid de l’égoïsme et la chaleur excessive d’une extase continuelle produisent sans doute dans le cœur de toutes les femmes une négation. Évidemment, ce n’est pas ce triomphe perpétuel qui vous prodiguera les délices infinies du mariage que vous rêvez, où il se rencontre des obéissances qui rendent fière, où l’on fait de grands petits sacrifices cachés avec bonheur, où l’on ressent des inquiétudes sans cause, où l’on attend avec ivresse des succès, où l’on plie avec joie devant des grandeurs imprévues, où l’on est compris jusque dans ses secrets, où parfois une femme protége de son amour son protecteur…

— Vous êtes sorcier ! dit Modeste.

— Vous ne trouverez pas non plus cette douce égalité de sentiments, ce partage continu de la vie et cette certitude de plaire qui fait accepter le mariage, en épousant un Canalis, un homme qui ne pense qu’à lui, dont le moi est la note unique, dont l’attention ne s’est pas encore abaissée jusqu’à se prêter à votre père ou au Grand-Écuyer !… un ambitieux du second ordre à qui votre dignité, votre obéissance importent peu, qui fera de vous une chose nécessaire dans sa maison, et qui vous insulte déjà par son indifférence en fait d’honneur ! Oui, vous vous permettriez de souffleter votre mère, Canalis fermerait les yeux pour pouvoir se nier votre crime à lui-même, tant il a soif de votre fortune. Ainsi, mademoiselle, je ne pensais ni au grand poëte qui n’est qu’un petit comédien, ni à Sa Seigneurie qui ne serait pour vous qu’un beau mariage et non pas un mari…

— Butscha, mon cœur est un livre blanc où vous gravez vous-même ce que vous y lisez, répondit Modeste. Vous êtes entraîné par votre haine de province contre tout ce qui vous force à regarder plus haut que la tête. Vous ne pardonnez pas au poëte d’être un homme politique, de posséder une belle parole, d’avoir un immense avenir, et vous calomniez ses intentions…

— Lui ?… mademoiselle. Il vous tournera le dos du jour au lendemain avec la lâcheté d’un Vilquin.

— Oh ! faites-lui jouer cette scène de comédie, et…

— Sur tous les tons, dans trois jours, mercredi, souvenez-vous-en. Jusque-là, mademoiselle, amusez-vous à entendre tous les airs de cette serinette, afin que les ignobles dissonances de la contre-partie en ressortent mieux.