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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/28

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elle offrait une nature plus éthérée que fangeuse, et cachait la courtisane qu’elle se proposait d’être sous les dehors les plus aristocratiques. Ainsi, cette explication ne rendrait pas compte de l’étrange passion de Calyste. Peut-être en trouverait-on la raison dans une vanité si profondément enterrée que les moralistes n’ont pas encore découvert ce côté du vice. Il est des hommes pleins de noblesse comme Calyste, beaux comme Calyste, riches et distingués, bien élevés, qui se fatiguent, à leur insu peut-être, d’un mariage avec une nature semblable à la leur, des êtres dont la noblesse ne s’étonne pas de la noblesse, que la grandeur et la délicatesse toujours consonnant à la leur, laissent dans le calme, et qui vont chercher auprès des natures inférieures ou tombées la sanction de leur supériorité, si toutefois ils ne vont pas leur mendier des éloges. Le contraste de la décadence morale et du sublime divertit leurs regards. Le pur brille tant dans le voisinage de l’impur ! Cette contradiction amuse. Calyste n’avait rien à protéger dans Sabine, elle était irréprochable, les forces perdues de son cœur allaient toutes vibrer chez Béatrix. Si des grands hommes ont joué sous nos yeux ce rôle de Jésus relevant la femme adultère, pourquoi les gens ordinaires seraient-il plus sages ?

Calyste atteignit à l’heure de deux heures en vivant sur cette phrase : Je vais la revoir ! un poëme qui souvent a défrayé des voyages de sept cents lieues !… Il alla d’un pas leste jusqu’à la rue de Courcelles, il reconnut la maison quoiqu’il ne l’eût jamais vue, et il resta, lui, le gendre du duc de Grandlieu, lui riche, lui noble comme les Bourbons, au bas de l’escalier, arrêté par la question d’un vieux valet.

— Le nom de monsieur ?

Calyste comprit qu’il devait laisser à Béatrix son libre arbitre, et il examina le jardin, les murs ondés par les lignes noires et jaunes que produisent les pluies sur les plâtres de Paris.

Madame de Rochefide, comme presque toutes les grandes dames qui rompent leur chaîne, s’était enfuie en laissant à son mari sa fortune, elle n’avait pas voulu tendre la main à son tyran. Conti, mademoiselle des Touches avaient évité les ennuis de la vie matérielle à Béatrix, à qui sa mère fit d’ailleurs, à plusieurs reprises, passer quelques sommes. En se trouvant seule, elle fut obligée à des économies assez rudes pour une femme habituée au luxe. Elle avait donc grimpé sur le sommet de la colline où s’étale le parc de Monceaux,