Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/270

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


çaise allait être le phare de l’Humanité. ─ Maintenant les luttes orales avaient remplacé celles du champ du bataille. ─ Telle séance de la Chambre valait Austerlitz, et les orateurs s’y montraient à la hauteur des généraux, ils y perdaient autant d’existence, de courage, de force, ils s’y usaient autant que ceux-ci à faire la guerre. ─ La parole n’était-elle pas une des plus effrayantes prodigalités de fluide vital que l’homme pouvait se permettre etc, etc.

Cette improvisation composée des lieux communs modernes, mais revêtus d’expressions sonores, de mots nouveaux, et destinée à prouver que le baron de Canalis devait être un jour une des gloires de la tribune, produisit une profonde impression sur le notaire, sur Gobenbeim, sur madame de la Tournelle et sur madame Mignon. Modeste était comme à un spectacle et enthousiaste de l’acteur, absolument comme Ernest devant elle ; car, si le Référendaire savait toutes ces phrases par cœur, il écoutait par les yeux de la jeune fille en s’en éprenant à devenir fou. Pour cet amoureux vrai, Modeste venait d’éclipser les différentes Modestes qu’il avait créées en lisant ses lettres ou en y répondant.

Cette visite, dont la durée fut déterminée à l’avance par Canalis, qui ne voulait pas laisser à ses admirateurs le temps de se blaser, finit par une invitation à dîner pour le lundi suivant.

— Nous ne serons plus au Chalet, dit le comte de La Bastie, il redevient l’habitation de Dumay. Je rentre dans mon ancienne maison par un contrat à réméré, de six mois de durée, que j’ai signé tout à l’heure avec monsieur Vilquin, chez mon ami Latournelle…

— Je souhaite, dit Dumay, que Vilquin ne puisse pas vous rendre la somme que vous venez de lui prêter…

— Vous serez là, dit Canalis dans une demeure en harmonie avec votre fortune…

— Avec la fortune qu’on me suppose, répondit vivement Charles Mignon.

— Il serait malheureux, dit Canalis en se retournant vers Modeste et en faisant un salut charmant, que cette madone n’eût pas un cadre digne de ses divines perfections.

Ce fut tout ce que Canalis dit de Modeste, car il avait affecté de ne pas la regarder, et de se comporter en homme à qui toute idée de mariage était interdite.

— Ah ! ma chère madame Mignon, il a bien de l’esprit, dit la