Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/260

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


infructueux qu’il fit chez les Vilquin ; et, en le voyant passer, toutes ces réflexions lui vinrent presque involontairement à l’esprit. Mais, dans les circonstances où elle se trouvait, elle comprit combien la recherche du duc d’Hérouville était importante pour n’être à la merci d’aucun Canalis.

— Je ne vois pas pourquoi, dit-elle à Latournelle, le duc d’Hérouville ne serait pas admis ? Je passe, malgré notre indigence, reprit-elle en regardant son père avec malice, à l’état d’héritière. Aussi finirai-je par publier un programme… N’avez-vous pas vu combien les regards de Gobenheim ont changé depuis une semaine ? il est au désespoir de ne pas pouvoir mettre ses parties de whist sur le compte d’une adoration muette de ma personne.

— Chut ! mon cœur, dit madame Latournelle, le voici.

— Le père Althor est au désespoir, dit Gobenheim à monsieur Mignon en entrant.

— Et pourquoi ?… demanda le comte de La Bastie.

— Vilquin, dit-on, va manquer, et la Bourse vous croit riche de plusieurs millions…

— On ne sait pas, répliqua Charles Mignon très sèchement, quels sont mes engagements aux Indes, et je ne me soucie pas de mettre le public dans la confidence de mes affaires. ─ Dumay, dit-il à l’oreille de son ami, si Vilquin est gêné, nous pourrions rentrer dans ma campagne, en lui rendant le prix qu’il en a donné, comptant.

Telles furent les préparations dues au hasard, au milieu desquelles, le dimanche matin, Canalis et La Brière arrivèrent, un courrier en avant, au pavillon de madame Amaury. On apprit que le duc d’Hérouville, sa sœur et sa tante devaient arriver le mardi, sous prétexte de santé, dans une maison louée à Graville. Ce concours fit dire à la Bourse que, grâce à mademoiselle Mignon, les loyers allaient hausser à Ingouville. ─ Elle en fera, si cela continue, un hôpital, dit mademoiselle Vilquin la cadette, au désespoir de ne pas être duchesse.

L’éternelle comédie de l’Héritière, qui devait se jouer au Chalet, pourrait certes, dans les dispositions où se trouvait Modeste, et d’après sa plaisanterie, se nommer le programme d’une jeune fille, car elle était bien décidée, après la perte de ses illusions, à ne donner sa main qu’à l’homme dont les qualités la satisferaient pleinement.