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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/23

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taine, elles cherchent des armes, des séductions, des embellissements dans les chiffons ; elles se composent des grâces, elles y trouvent des moyens, elles y prennent un caractère, elles s’y rajeunissent, elles étudient les plus légers accessoires, elles passent enfin de la nature à l’art. Madame de Rochefide venait de subir les péripéties du drame qui, dans cette histoire des mœurs françaises au XIXe siècle, s’appelle la Femme Abandonnée. Elle avait été quittée la première par Conti ; naturellement elle était devenue une grande artiste en toilette, en coquetterie et en fleurs artificielles.

— Comment Conti n’est-il pas ici ? demanda tout bas Calyste à Canalis après avoir fait les salutations banales par lesquelles commencent les entrevues les plus solennelles quand elles ont lieu publiquement.

L’ancien grand poëte du Faubourg-Saint-Germain, deux fois ministre et redevenu pour la quatrième fois un orateur aspirant à quelque nouveau ministère, se mit significativement un doigt sur les lèvres. Ce geste expliqua tout.

— Je suis bien heureuse de vous voir, dit chattement Béatrix à Calyste. Je me disais en vous reconnaissant là, sans être aperçue tout d’abord, que vous ne me renieriez pas, vous ! — Ah ! mon Calyste, pourquoi vous êtes-vous marié ? lui dit-elle à l’oreille, et avec une petite sotte encore !…

Dès qu’une femme parle à l’oreille d’un nouveau venu dans sa loge en le faisant asseoir à côté d’elle, les gens du monde ont toujours un prétexte pour la laisser seule avec lui.

— Venez vous, Nathan ? dit Canalis. Madame la marquise me permettra d’aller dire un mot à d’Arthez, que je vois avec la princesse de Cadignan, il s’agit d’une combinaison de tribune pour la séance de demain.

Cette sortie de bon goût permit à Calyste de se remettre du choc qu’il venait de subir ; mais il acheva de perdre son esprit et sa force en aspirant la senteur, pour lui charmante et vénéneuse, de la poésie composée par Béatrix. Madame de Rochefide, devenue osseuse et filandreuse, dont le teint s’était presque décomposé, maigrie, flétrie, les yeux cernés, avait ce soir-là fleuri ses ruines prématurées par les conceptions les plus ingénieuses de l’Article-Paris. Elle avait imaginé, comme toutes les femmes abandonnées, de se donner l’air vierge, en rappelant, par beaucoup d’étoffes blanches, les filles en a d’Ossian, si poétiquement peintes par Girodet. Sa chevelure blonde