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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/229

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que celle de Gœthe, car tu me laisseras dans ma patrie, n’est-ce pas ? dans ton cœur. Au moment où je trace ce vœu de fiancée, un rossignol du parc Vilquin vient de me répondre pour toi. Oh ! dis-moi bien vite que le rossignol, en filant sa note si pure, si nette, si pleine, qui m’a rempli le cœur de joie et d’amour, comme une Annonciation, n’a pas menti ?…

» Mon père passera par Paris, il viendra de Marseille ; la maison Mongenod, dont il a été le correspondant, saura son adresse ; allez le voir, mon Melchior aimé, dites-lui que vous m’aimez, et n’essayez pas de lui dire combien je vous aime, faites que ce soit toujours un secret entre nous et Dieu ! Moi, cher adoré, je vais tout dire à ma mère. La fille des Wallenrod Tustall-Bartenstild me donnera raison par des caresses, elle sera tout heureuse de notre poëme si secret, si romanesque, humain et divin tout ensemble ! Vous avez l’aveu de la fille, ayez le consentement du comte de La Bastie, père de

» Votre Modeste.

» P. S. ─ Surtout ne venez pas au Havre sans avoir obtenu l’agrément de mon père ; et, si vous m’aimez, vous saurez le trouver à son passage à Paris. »


— Que faites-vous donc à cette heure, mademoiselle Modeste ? demanda Dumay.

— J’écris à mon père, répondit-elle au vieux soldat ; n’avez-vous pas dit que vous partiez demain ?

Dumay n’eut rien à répondre, il rentra se coucher, et Modeste se mit à écrire une longue lettre à son père.

Le lendemain, Françoise Cochet, tout effrayée en voyant le timbre du Havre, vint au chalet remettre à sa jeune maîtresse la lettre suivante, en emportant celle que Modeste avait écrite.


à mademoiselle O. d’Este-M.


« Mon cœur m’a dit que vous étiez la femme si soigneusement voilée et déguisée, placée entre monsieur et madame Latournelle