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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/228

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déshonoreront pas celles des Canalis. Nous portons de gueules à une bande de sable chargée de quatre besants d’or, et à chaque quartier une croix d’or patriarcale, avec un chapeau de cardinal pour cimier et les fiocchi pour supports. Cher, je serai fidèle à notre devise : Una fides, unus Dominus ! La vraie foi, et un seul maître.

» Peut-être, mon ami, trouverez-vous quelque sarcasme dans mon nom, après tout ce que je viens de faire et ce que je vous avoue ici. Je me nomme Modeste. Ainsi je ne vous ai jamais trompé en signant O. d’Este—M.

» Je ne vous ai point abusé davantage en vous parlant de ma fortune ; elle atteindra, je crois, à ce chiffre qui vous a rendu si vertueux. Et je sais si bien que, pour vous, la fortune est une considération sans importance, que je vous en parle avec simplicité. Néanmoins, laissez-moi vous dire combien je suis heureuse de pouvoir donner à notre bonheur la liberté d’action et de mouvements que procure la fortune, de pouvoir dire : ─ Allons ! quand la fantaisie de voir un pays nous prendra, de voler dans une bonne calèche, assis à côté l’un de l’autre, sans nul souci d’argent ; enfin heureuse de pouvoir vous donner le droit de dire au roi : ─ J’ai la fortune que vous voulez à vos pairs !… En ceci, Modeste Mignon vous sera bonne à quelque chose, et son or aura la plus noble des destinations.

» Quant à votre servante, vous l’avez vue une fois, à sa fenêtre, en déshabillé… Oui, la blonde fille d’Ève la blonde était votre inconnue ; mais combien la Modeste d’aujourd’hui ressemble peu à celle de ce jour-là ! L’une était dans un linceul, et l’autre (vous l’ai-je bien dit ?) a reçu de vous la vie de la vie. L’amour pur et permis, l’amour, que mon père enfin revenu de voyage et riche autorisera, m’a relevée de sa main, à la fois enfantine et puissante, du fond de cette tombe où je dormais ! Vous m’avez éveillée comme le soleil éveille les fleurs. Le regard de votre aimée n’est plus le regard de cette petite Modeste si hardie ? oh ! non, il est confus, il entrevoit le bonheur et il se voile sous de chastes paupières. Aujourd’hui j’ai peur de ne pas mériter mon sort ! Le roi s’est montré dans sa gloire, mon seigneur n’a plus qu’une sujette qui lui demande pardon de ses libertés grandes, comme le joueur aux dés pipés après avoir escroqué le chevalier de Grammont. Va, poëte chéri, je serai ta Mignon ; mais une Mignon plus heureuse