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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/227

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que ce froid et compassé lord Byron, dont le visage est aussi terne que le climat anglais. Épousée par un seul de tes regards d’Orient qui a percé mon voile noir, tu m’as jeté ton sang au cœur, il m’a rendue brûlante de la tête aux pieds ! Ah ! nous ne sentons pas la vie ainsi, quand notre mère nous la donne. Un coup que tu recevrais m’atteindrait au moment même, et mon existence ne s’explique plus que par ta pensée. Je sais à quoi sert la divine harmonie de la musique, elle fut inventée par les anges pour exprimer l’amour. Avoir du génie et être beau, mon Melchior, c’est trop ! À sa naissance, un homme devrait opter. Mais quand je songe aux trésors de tendresse et d’affection que vous m’avez montrés depuis un mois surtout, je me demande si je rêve ! Non, vous me cachez un mystère ! Quelle femme vous cédera sans mourir ? Ah ! la jalousie est entrée dans mon cœur avec un amour auquel je ne croyais pas ! Pouvais-je imaginer un pareil incendie ? Quelle inconcevable et nouvelle fantaisie ! je te voudrais laid, maintenant ! Quelles folies ai-je faites en rentrant ! Tous les dahlias jaunes m’ont rappelé votre joli gilet, toutes les roses blanches ont été mes amies, et je les ai saluées par un regard qui vous appartenait, comme tout moi ! La couleur des gants qui moulaient les mains du gentilhomme, tout, jusqu’au bruit des pas sur les dalles, tout se représente à mon souvenir avec tant de fidélité que, dans soixante ans, je reverrai les moindres choses de cette fête, telles que la couleur particulière de l’air, le reflet du soleil qui miroitait sur un pilier, j’entendrai la prière que vous avez interrompue, je respirerai l’encens de l’autel, et je croirai sentir au-dessus de nos têtes les mains du curé qui nous a bénis tous deux au moment où tu passais, en donnant sa dernière bénédiction ! Ce bon abbé Marcellin nous a mariés déjà ! Le plaisir surhumain de ressentir ce monde nouveau d’émotions inattendues ne peut être égalé que par la joie que j’éprouve à vous les dire, à renvoyer tout mon bonheur à celui qui le verse dans mon âme avec la libéralité d’un Soleil. Aussi plus de voiles, mon bien aimé ! Tenez ! oh ! revenez promptement. Je me démasque avec plaisir.

» Vous avez dû sans doute entendre parler de la maison Mignon du Havre ? Eh ! bien, j’en suis, par l’effet d’un irréparable malheur, l’unique héritière. Ne faites pas fi de nous, descendant d’un preux de l’Auvergne ! les armes des Mignon de La Bastie ne