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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/225

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mœurs de cet homme, découvrir s’il est bon, s’il est colère, s’il est doux, s’il aura ce respect que vous méritez, s’il est capable d’aimer absolument, en vous préférant à tout, même à son talent…

— Qu’est-ce que cela fait, si je l’aime ? dit-elle naïvement.

— Eh ! c’est vrai, s’écria le bossu.

En ce moment madame Mignon disait à ses amis : ─ Ma fille a vu ce matin celui qu’elle aime !

— Ce serait donc ce gilet soufre qui t’a tant intrigué, Latournelle, s’écria la notaresse. Ce jeune homme avait une jolie petite rose blanche à sa boutonnière…

— Ah ! dit la mère, le signe de reconnaissance.

— Il avait, reprit la notaresse, la rosette d’officier de la Légion d’Honneur. C’est un homme charmant ! mais nous nous trompons ! Modeste n’a pas relevé son voile, elle était fagotée comme une pauvresse, et…

— Et, dit le notaire, elle se disait malade, mais elle vient d’ôter sa marmotte et se porte comme un charme…

— C’est incompréhensible ! s’écria Dumay.

— Hélas ! c’est maintenant clair comme le jour, dit le notaire.

— Mon enfant, dit madame Mignon à Modeste qui rentra suivie de Butscha, n’as-tu pas vu ce matin à l’église un petit jeune homme bien mis, qui portait une rose blanche à sa boutonnière, décoré…

— Je l’ai vu, dit Butscha vivement en apercevant à l’attention de chacun le piége où Modeste pouvait tomber, c’est Grindot, le fameux architecte avec qui la ville est en marché pour la restauration de l’église : il est venu de Paris, je l’ai trouvé ce matin examinant l’extérieur, quand je suis parti pour Sainte-Adresse.

— Ah ! c’est un architecte… il m’a bien intriguée, dit Modeste à qui le nain avait ainsi donné le temps de se remettre.

Dumay regarda Butscha de travers. Modeste avertie se composa un maintien impénétrable. La défiance de Dumay fut excitée au plus haut point, et il se proposa d’aller le lendemain à la mairie afin de savoir si l’architecte attendu s’était en effet montré au Havre. De son côté, Butscha, très inquiet de l’avenir de Modeste, prit le parti d’aller à Paris espionner Canalis.

Gobenheim vint faire le wist et comprima par sa présence tous les sentiments en fermentation. Modeste attendait avec une sorte d’impatience l’heure du coucher de sa mère ; elle voulait écrire,