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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/215

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leva le nez sur Dumay dès que cette parole fut lâchée, et vous laissez ces dames ici !… Et Modeste n’a pas un joli cheval ! Et elle n’a pas continué d’avoir des maîtres de musique, de peinture, de…

— Eh ! il ne les a que depuis quelques heures !… s’écria l’Américaine.

— Chut ! fit madame Mignon.

Pendant toutes ces exclamations, l’auguste patronne de Butscha s’était posée, elle le regardait.

— Mon enfant, dit-elle, je te crois entouré de tant d’affection que je ne pensais pas au sens particulier de cette locution proverbiale ; mais tu dois me remercier de cette petite faute, car elle a servi à te faire voir quels amis tes exquises qualités t’ont valus.

— Vous avez donc eu des nouvelles de monsieur Mignon ? dit le notaire.

— Il revient, dit madame Mignon, mais gardons ce secret entre nous… Quand mon mari saura que Butscha nous a tenu compagnie, qu’il nous a montré l’amitié la plus vive et la plus désintéressée quand tout le monde nous tournait le dos, il ne vous laissera pas le commanditer à vous seul, Dumay. Aussi, mon ami, dit-elle en essayant de diriger son visage vers Butscha, pouvez-vous dès à présent traiter avec Latournelle…

— Mais il a l’âge, vingt-cinq ans et demi, dit Latournelle. Et, pour moi, c’est acquitter une dette, mon garçon, que de te faciliter l’acquisition de mon Étude.

Butscha, qui baisait la main de madame Mignon en l’arrosant de ses larmes, montra un visage mouillé quand Modeste ouvrit la porte du salon.

— Qui donc a fait du chagrin à mon nain mystérieux ?… demanda-t-elle.

— Eh ! mademoiselle Modeste, pleurons-nous jamais de chagrin, nous autres enfants bercés par le Malheur ? On vient de me montrer autant d’attachement que je m’en sentais au cœur pour tous ceux en qui je me plaisais à voir des parents. Je serai notaire, je pourrai devenir riche. Ah ! ah ! le pauvre Butscha sera peut-être un jour le riche Butscha. Vous ne connaissez pas tout ce qu’il y a d’audace chez cet avorton !… s’écria-t-il.

Le bossu se donna un violent coup de poing sur la caverne de sa poitrine et se posa devant la cheminée après avoir jeté sur