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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/193

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Beauté qui peut-être est le génie de la Forme, pourquoi ne serais-je pas attirée par l’esprit et la forme réunis ?

» Serais-je plus instruite en vous étudiant par correspondance qu’en commençant par l’expérience vulgaire des quelques mois de cour ? Ceci est la question, dirait Hamlet. Mais mon procédé, mon cher Chrysale, a du moins l’avantage de ne pas compromettre nos personnes. Je sais que l’amour a ses illusions, et toute illusion a son lendemain. Là se trouve la raison de tant de séparations entre amants qui se croyaient liés pour la vie. La véritable épreuve est la souffrance et le bonheur. Quand, après avoir passé par cette double épreuve de la vie, deux êtres y ont déployé leur défauts et leurs qualités, qu’ils y ont observé leurs caractères, alors ils peuvent aller jusqu’à la tombe en se tenant par la main ; mais, mon cher Argante, qui vous dit que notre petit drame commencé n’a pas d’avenir ?… En tout cas, n’aurons-nous pas joui du plaisir de notre correspondance ?…

» J’attends vos ordres, monseigneur, et suis de grand cœur

» Votre servante,
» O. d’Este-M. »



X.
à mademoiselle O. d’Este-M.


« Tenez, vous êtes un démon, je vous aime, est-ce là ce que vous désiriez, fille originale ! Peut-être voulez-vous seulement occuper votre oisiveté de province par le spectacle des sottises que peut faire un poëte ? Ce serait une bien mauvaise action. Vos deux lettres accusent précisément assez de malice pour inspirer ce doute à un Parisien. Mais je ne suis plus maître de moi, ma vie et mon avenir dépendent de la réponse que vous me ferez. Dites-moi si la certitude d’une affection sans bornes, accordée dans l’ignorance des conventions sociales, vous touchera ; enfin si vous m’admettez à vous rechercher… Il y aura bien assez d’incertitudes et d’angoisses pour moi dans la question de savoir si ma personne vous plaira. Si vous me répondez favorablement, je change ma vie et dis