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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/176

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— Comme elle abuse de ses avantages, la petite personne ! s’écria de La Brière. Mais est-elle franche ?

On n’a pas été pendant quatre ans le secrétaire particulier d’un ministre, on n’habite pas Paris, on n’en observe pas les intrigues impunément ; aussi l’âme la plus pure est-elle toujours plus ou moins grisée par la capiteuse atmosphère de cette impériale Cité. Heureux de ne pas être Canalis, le jeune Référendaire retint une place dans la malle-poste du Havre, après avoir écrit une lettre où il annonçait une réponse pour un jour déterminé, se rejetant sur l’importance de la confession demandée, et sur les occupations de son ministre. Il eut le soin de se faire donner, par le directeur-général des Postes, un mot qui recommandait silence et obligeance au directeur du Havre. Ernest put ainsi voir venir au Bureau Françoise Cochet, et la suivit sans affectation. Remorqué par elle, il arriva sur les hauteurs d’Ingouville, et aperçut à la fenêtre du Chalet Modeste Mignon.

— Eh bien ! Françoise ? demanda la jeune fille.

À quoi l’ouvrière répondit : ─ Oui, mademoiselle, j’en ai une.

Frappé par cette beauté de blonde céleste, Ernest revint sur ses pas, et demanda le nom du propriétaire de ce magnifique séjour à un passant.

— Çà, répondit le passant en montrant la propriété.

— Oui, mon ami.

— Oh ! c’est à monsieur Vilquin, le plus riche armateur du Havre, un homme qui ne connaît pas sa fortune.

— Je ne vois pas de cardinal Vilquin dans l’histoire, se disait le Référendaire en descendant vers le Havre pour retourner à Paris.

Naturellement, il questionna le directeur de la poste sur la famille Vilquin, il apprit que la famille Vilquin possédait une immense fortune. Monsieur Vilquin avait un fils et deux filles, dont une mariée à monsieur Althor fils. La prudence empêcha La Brière de paraître en vouloir aux Vilquin ; le directeur le regardait déjà d’un air narquois.

— N’y a-t-il personne en ce moment chez eux, outre la famille ? demanda-t-il encore.

— En ce moment, la famille d’Hérouville y est. On parle du mariage du jeune duc avec mademoiselle Vilquin, cadette.

— Il y a eu le fameux cardinal d’Hérouville, sous les Valois, se