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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/125

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femme est boisé, plafonné, comme la chambre d’un paquebot. Ces folies d’armateur expliquent la rage de Vilquin. Ce pauvre acquéreur voulait loger dans ce cottage son gendre et sa fille. Ce projet connu de Dumay pourra plus tard vous expliquer sa ténacité bretonne.

On entre au Chalet par une petite porte en fer, treillissée, et dont les fers de lance s’élèvent de quelques pouces au-dessus du palis et de la haie. Le jardinet, d’une largeur égale à celle du fastueux boulingrin, était alors plein de fleurs, de roses, de dalhias, des plus belles, des plus rares productions de la Flore des serres ; car, autre sujet de douleur vilquinarde, la petite serre élégante, la serre de fantaisie, la serre, dite de Madame, dépend du Chalet et sépare la villa Vilquin, ou, si vous voulez, l’unit au cottage. Dumay se consolait de la tenue de sa caisse par les soins de la serre, dont les productions exotiques faisaient un des plaisirs de Modeste. Le billard de la villa Vilquin, espèce de galerie, communiquait autrefois par une immense volière en forme de tourelle avec cette serre ; mais, depuis la construction du mur qui le priva de la vue des vergers, Dumay mura la porte de communication.

— Mur pour mur ! dit-il.

— Vous et Dumay, vous murmurez ! dirent à Vilquin les négociants pour le taquiner.

Et tous les jours, à la Bourse, on saluait d’un nouveau calembour le spéculateur jalousé.

En 1827, Vilquin offrit à Dumay six mille francs d’appointements et dix mille francs d’indemnité pour résilier le bail ; le caissier refusa, quoiqu’il n’eût que mille écus chez Gobenbeim, un ancien commis de son patron. Dumay, croyez-le, est un Breton repiqué par le Sort en Normandie. Jugez de la haine conçue contre ses locataires du Chalet par le normand Vilquin, un homme riche de trois millions ! Quel crime de lèse-million que de démontrer aux riches l’impuissance de l’or ? Vilquin, dont le désespoir le rendait la fable du Havre, venait de proposer une jolie habitation en toute propriété à Dumay, qui de nouveau refusa. Le Havre commençait à s’inquiéter de cet entêtement, dont, pour beaucoup de gens, la raison se trouvait dans cette phrase : ─ Dumay est Breton. Le caissier, lui, pensait que madame et surtout mademoiselle Mignon eussent été trop mal logées partout ailleurs. Ses deux idoles habitaient un temple digne d’elles, et profitaient du moins de cette