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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/111

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rien de criminel, et vous l’eussiez jugée innocente, rien qu’à voir le grand mouchoir à carreaux rouges et bleus qui recouvrait son buste vigoureux, encadré, serré, ficelé par une robe à raies blanches et violettes. — Non, pensai-je, je ne quitterai pas Vendôme sans savoir toute l’histoire de la Grande Bretèche. Pour arriver à mes fins, je deviendrai l’ami de Rosalie, s’il le faut absolument. — Rosalie ! lui dis-je un soir. — Plaît-il, monsieur ? — Vous n’êtes pas mariée ? Elle tressaillit légèrement. — Oh ! je ne manquerai point d’hommes quand la fantaisie d’être malheureuse me prendra ! dit-elle en riant. Elle se remit promptement de son émotion intérieure, car toutes les femmes, depuis la grande dame jusqu’aux servantes d’auberge inclusivement, ont un sang-froid qui leur est particulier. — Vous êtes assez fraîche, assez appétissante pour ne pas manquer d’amoureux ! Mais, dites-moi, Rosalie, pourquoi vous êtes-vous faite servante d’auberge en quittant madame de Merret ? Est-ce qu’elle ne vous a pas laissé quelque rente ? — Oh ! que si ! Mais, monsieur, ma place est la meilleure de tout Vendôme. Cette réponse était une de celles que les juges et les avoués nomment dilatoires. Rosalie me paraissait située dans cette histoire romanesque comme la case qui se trouve au milieu d’un damier ; elle était au centre même de l’intérêt et de la vérité ; elle me semblait nouée dans le nœud. Ce ne fut plus une séduction ordinaire à tenter, il y avait dans cette fille le dernier chapitre d’un roman ; aussi, dès ce moment, Rosalie devint-elle l’objet de ma prédilection. À force d’étudier cette fille, je remarquai chez elle, comme chez toutes les femmes de qui nous faisons notre pensée principale, une foule de qualités : elle était propre, soigneuse ; elle était belle, cela va sans dire ; elle eut bientôt tous les attraits que notre désir prête aux femmes, dans quelque situation qu’elles puissent être. Quinze jours après la visite du notaire, un soir, ou plutôt un matin, car il était de très bonne heure, je dis à Rosalie : — Raconte-moi donc tout ce que tu sais sur madame de Merret ? — Oh ! répondit-elle avec terreur, ne me demandez pas cela, monsieur Horace ! Sa belle figure se rembrunit, ses couleurs vives et animées pâlirent, et ses yeux n’eurent plus leur innocent éclat humide. — Eh ! bien, reprit-elle, puisque vous le voulez, je vous le dirai ; mais gardez-moi bien le secret ! — Va ! ma pauvre fille, je garderai tous tes secrets avec une probité de voleur, c’est la plus loyale qui existe. — Si cela vous est égal, me dit-elle, j’aime mieux que ce soit avec la vôtre. Là-dessus, elle ragréa son foulard, et se