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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/106

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s’arrêta pendant un petit moment ; puis, elle fit un dernier effort pour retirer sa main ; et lorsqu’elle eut pris un papier cacheté, des gouttes de sueur tombèrent de son front. — « Je vous confie mon testament, dit-elle. Ah ! mon Dieu ! Ah ! » Ce fut tout. Elle saisit un crucifix qui était sur son lit, le porta rapidement à ses lèvres, et mourut. L’expression de ses yeux fixes me fait encore frissonner quand j’y songe. Elle avait dû bien souffrir ! Il y avait de la joie dans son dernier regard, sentiment qui resta gravé sur ses yeux morts. J’emportai le testament ; et, quand il fut ouvert, je vis que madame de Merret m’avait nommé son exécuteur testamentaire. Elle léguait la totalité de ses biens à l’hôpital de Vendôme, sauf quelques legs particuliers. Mais voici quelles furent ses dispositions relativement à la Grande Bretèche. Elle me recommanda de laisser cette maison pendant cinquante années révolues, à partir du jour de sa mort, dans l’état où elle se trouverait au moment de son décès, en interdisant l’entrée des appartements à quelque personne que ce fût, en défendant d’y faire la moindre réparation, et allouant même une rente afin de gager des gardiens, s’il en était besoin, pour assurer l’entière exécution de ses intentions. À l’expiration de ce terme, si le vœu de la testatrice a été accompli, la maison doit appartenir à mes héritiers, car monsieur sait que les notaires ne peuvent accepter de legs ; sinon, la Grande Bretèche reviendrait à qui de droit, mais à la charge de remplir les conditions indiquées dans un codicille annexé au testament, et qui ne doit être ouvert qu’à l’expiration desdites cinquante années. Le testament n’a point été attaqué, donc… À ce mot, et sans achever sa phrase, le notaire oblong me regarda d’un air de triomphe, je le rendis tout à fait heureux en lui adressant quelques compliments. — Monsieur, lui dis-je en terminant, vous m’avez si vivement impressionné, que je crois voir cette mourante plus pâle que ses draps ; ses yeux luisants me font peur, et je rêverai d’elle cette nuit. Mais vous devez avoir formé quelques conjectures sur les dispositions coutenues dans ce bizarre testament. — Monsieur, me dit-il avec une réserve comique, je ne me permets jamais de juger la conduite des personnes qui m’ont honoré par le don d’un diamant. Je déliai bientôt la langue du scrupuleux notaire vendômois, qui me communiqua, non sans de longues digressions, les observations dues aux profonds politiques des deux sexes dont les arrêts font loi dans Vendôme. Mais ces observations étaient si contradictoires, si diffuses, que je