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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/102

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un verre d’eau sale. Vous eussiez dit de l’huissier d’un ministre. Cet inconnu portait un vieil habit, très-usé sur les plis ; mais il avait un diamant au jabot de sa chemise et des boucles d’or à ses oreilles. — Monsieur, à qui ai-je l’honneur de parler ? lui dis-je. Il s’assit sur une chaise, se mit devant mon feu, posa son chapeau sur ma table, et me répondit en se frottant les mains : — Ah ! il fait bien froid. Monsieur, je suis monsieur Regnault. Je m’inclinai, en me disant à moi-même : — Il bondo cani ! Cherche. — Je suis, reprit-il, notaire à Vendôme. — J’en suis ravi, monsieur, m’écriai-je, mais je ne suis point en mesure de tester, pour des raisons à moi connues. — Petit moment, reprit-il en levant la main comme pour m’imposer silence. Permettez, monsieur, permettez ! J’ai appris que vous alliez vous promener quelquefois dans le jardin de la Grande Bretèche. — Oui, monsieur. — Petit moment ! dit-il en répétant son geste, cette action constitue un véritable délit. Monsieur, je viens, au nom et comme exécuteur testamentaire de feu madame la comtesse de Merret, vous prier de discontinuer vos visites. Petit moment ! Je ne suis pas un Turc et ne veux point vous en faire un crime. D’ailleurs, bien permis à vous d’ignorer les circonstances qui m’obligent à laisser tomber en ruines le plus bel hôtel de Vendôme. Cependant, monsieur, vous paraissez avoir de l’instruction, et devez savoir que les lois défendent, sous des peines graves, d’envahir une propriété close. Une haie vaut un mur. Mais l’état dans lequel la maison se trouve peut servir d’excuse à votre curiosité. Je ne demanderais pas mieux que de vous laisser libre d’aller et venir dans cette maison ; mais, chargé d’exécuter les volontés de la testatrice, j’ai l’honneur, monsieur, de vous prier de ne plus entrer dans le jardin. Moi-même, monsieur, depuis l’ouverture du testament, je n’ai pas mis le pied dans cette maison, qui dépend, comme j’ai eu l’honneur de vous le dire, de la succession de madame de Merret. Nous en avons seulement constaté les portes et fenêtres, afin d’asseoir les impôts que je paye annuellement sur des fonds à ce destinés par feu madame la comtesse. Ah ! mon cher monsieur, son testament a fait bien du bruit dans Vendôme ! Là, il s’arrêta pour se moucher, le digne homme ! Je respectai sa loquacité, comprenant à merveille que la succession de madame de Merret était l’événement le plus important de sa vie, toute sa réputation, sa gloire, sa Restauration. Il me fallait dire adieu à mes belles rêveries, à mes romans ; je ne fus donc pas rebelle au plaisir d’ap-