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— Calyste meurt ? dit le baron en ouvrant les yeux d’où sortirent deux grosses larmes qui cheminèrent lentement, retardées par les plis nombreux de son visage, et restèrent au bas de ses joues, les deux seules larmes qu’il eût sans doute versées de toute sa vie. Il se dressa sur ses jambes, il fit quelques pas vers le lit de son fils, lui prit les mains, le regarda.

— Que voulez-vous, mon père ? lui dit-il.

— Que tu vives ! s’écria le baron.

— Je ne saurais vivre sans Béatrix, répondit Calyste au vieillard qui tomba sur son fauteuil.

— Où trouver cent louis pour faire venir les médecins de Paris ? il est encore temps, dit la baronne.

— Cent louis ! s’écria Zéphirine. Le sauverait-on ?

Sans attendre la réponse de sa belle-sœur, la vieille fille passa ses mains par l’ouverture de ses poches et défit son jupon de dessous, qui rendit un son lourd en tombant. Elle connaissait si bien les places où elle avait cousu ses louis, qu’elle les décousit avec une promptitude qui tenait de la magie. Les pièces d’or tombaient une à une sur sa jupe en sonnant. La vieille Pen-Hoël la regardait faire en manifestant un étonnement stupide.

— Mais ils vous voient ! dit-elle à l’oreille de son amie.

— Trente-sept, répondit Zéphirine en continuant son compte.

— Tout le monde saura votre compte.

— Quarante-deux.

— Des doubles louis, tous neufs : où les avez-vous eus, vous qui n’y voyez pas clair ?

— Je les tâtais. Voici cent quatre louis, cria Zéphirine. Sera-ce assez ?

— Que vous arrive-t-il ? demanda le chevalier du Halga qui survint et ne put s’expliquer l’attitude de sa vieille amie tendant sa jupe pleine de louis.

En deux mots mademoiselle de Pen-Hoël expliqua l’affaire au chevalier.

— Je l’ai su, dit-il, et venais vous apporter cent quarante louis que je tenais à la disposition de Calyste, il le sait bien.

Le chevalier tira de sa poche deux rouleaux et les montra. Mariotte, en voyant ces richesses, dit à Gasselin de fermer la porte.

— L’or ne lui rendra pas la santé, dit la baronne en pleurs.