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et le bourg de Batz ? Si vous ne veniez pas, ce serait une réponse, et Calyste l’entendrait. »

Il y avait encore quatre autres pages d’une écriture fine et serrée où Calyste expliquait la terrible menace que ce dernier mot contenait en racontant sa jeunesse et sa vie ; mais il y procédait par phrases exclamatives ; il y avait beaucoup de ces points prodigués par la littérature moderne dans les passages dangereux, comme des planches offertes à l’imagination du lecteur pour lui faire franchir les abîmes. Cette peinture naïve serait une répétition dans le récit ; si elle ne toucha pas madame de Rochegude, elle intéresserait médiocrement les amateurs d’émotions fortes ; elle fit pleurer la mère, qui dit à son fils : — Tu n’as donc pas été heureux ?

Ce terrible poème de sentiments tombés comme un orage dans le cœur de Calyste, et qui devait aller en tourbillonnant dans une autre âme, effraya la baronne : elle lisait une lettre d’amour pour la première fois de sa vie. Calyste était debout dans un terrible embarras, il ne savait comment remettre sa lettre. Le chevalier du Halga se trouvait encore dans la salle où se jouaient les dernières remises d’une mouche animée. Charlotte de Kergarouët, au désespoir de l’indifférence de Calyste, essayait de plaire aux grands parents pour assurer par eux son mariage. Calyste suivit sa mère et reparut dans la salle en gardant dans sa poche sa lettre qui lui brûlait le cœur : il s’agitait, il allait et venait comme un papillon entré par mégarde dans une chambre. Enfin la mère et le fils attirèrent le chevalier du Halga dans la grande salle, d’où ils renvoyèrent le petit domestique de mademoiselle de Pen-Hoël et Mariotte.

— Qu’ont-ils à demander au chevalier ? dit la vieille Zéphirine à la vieille Pen-Hoël.

— Calyste me fait l’effet d’être fou, répondit-elle. Il n’a pas plus d’égards pour Charlotte que si c’était une paludière.

La baronne avait très-bien imaginé que, vers l’an 1780, le chevalier du Halga devait avoir navigué dans les parages de la galanterie, et elle avait dit à Calyste de le consulter.

— Quel est le meilleur moyen de faire parvenir secrètement une lettre à sa maîtresse ? dit Calyste à l’oreille du chevalier.

— On met la lettre dans la main de sa femme de chambre en l’accompagnant de quelques louis, car tôt ou tard une femme de chambre est dans le secret, et il vaut mieux l’y mettre tout d’abord,