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et le bruit pour pouvoir deviner le mystère qu’on lui cachait. Gasselin arriva bientôt, et dit à son jeune maître qu’il n’avait pas eu besoin d’aller à Saint-Nazaire pour savoir que mademoiselle des Touches et son amie reviendraient seules, il l’avait appris en ville chez Bernus, le messager qui s’était chargé des paquets des deux messieurs.

— Elles seront seules au retour, s’écria Calyste. Selle mon cheval.

Au ton de son jeune maître, Gasselin crut qu’il y avait quelque chose de grave ; il alla seller les deux chevaux, chargea les pistolets sans rien dire à personne, et s’habilla pour suivre Calyste. Calyste était si content de savoir Claude et Gennaro partis, qu’il ne songeait pas à la rencontre qu’il allait faire à Saint-Nazaire, il ne pensait qu’au plaisir d’accompagner la marquise ; il prenait les mains de son vieux père et les lui serrait tendrement, il embrassait sa mère, il serrait sa vieille tante par la taille.

— Enfin, je l’aime mieux ainsi que triste, dit la vieille Zéphirine.

— Où vas-tu, chevalier ? lui dit son père.

— À Saint-Nazaire.

— Peste ! Et à quand le mariage ? dit le baron qui crut son fils empressé de revoir Charlotte de Kergarouët. Il me tarde d’être grand-père, il est temps.

Quand Gasselin se montra dans l’intention assez évidente d’accompagner Calyste, le jeune homme pensa qu’il pourrait revenir dans la voiture de Camille avec Béatrix en laissant son cheval à Gasselin, et il lui frappa sur l’épaule en disant : — Tu as eu de l’esprit.

— Je le crois bien, répondit Gasselin.

— Mon garçon, dit le père en venant avec Fanny jusqu’à la tribune du perron, ménage les chevaux, ils auront douze lieues à faire.

Calyste partit après avoir échangé le plus pénétrant regard avec sa mère.

— Cher trésor, dit-elle en lui voyant courber la tête sous le cintre de la porte d’entrée.

— Que Dieu le protége ! répondit le baron, car nous ne le referions pas.

Ce mot assez dans le ton grivois des gentilshommes de province fit frissonner la baronne.

— Mon neveu n’aime pas assez Charlotte pour aller au-devant d’elle, dit la vieille fille à Mariotte qui ôtait le couvert.