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tendit sa jeune main à la marquise qui semblait la solliciter ; et quand leurs doigts se pressèrent, ces deux femmes achevèrent de se comprendre.

— Pauvre orpheline ! ajouta la marquise.

Ce mot fut un dernier trait de lumière pour Julie. Elle crut entendre encore la voix prophétique de son père.

— Vous avez les mains brûlantes ! Sont-elles toujours ainsi ? demanda la vieille femme.

— La fièvre ne m’a quittée que depuis sept ou huit jours, répondit-elle.

— Vous aviez la fièvre et vous me le cachiez !

— Je l’ai depuis un an, dit Julie avec une sorte d’anxiété pudique.

— Ainsi, mon bon petit ange, reprit sa tante, le mariage n’a été jusqu’à présent pour vous qu’une longue douleur ?

La jeune femme n’osa répondre ; mais elle fit un geste affirmatif qui trahissait toutes ses souffrances.

— Vous êtes donc malheureuse ?

— Oh ! non, ma tante. Victor m’aime à l’idolâtrie, et je l’adore, il est si bon !

— Oui, vous l’aimez ; mais vous le fuyez, n’est-ce pas ?

— Oui… quelquefois… il me cherche trop souvent.

— N’êtes-vous pas souvent troublée dans la solitude par la crainte qu’il ne vienne vous y surprendre ?

— Hélas ! oui, ma tante. Mais je l’aime bien, je vous assure.

— Ne vous accusez-vous pas en secret vous-même de ne pas savoir ou de ne pouvoir partager ses plaisirs. Parfois ne pensez-vous point que l’amour légitime est plus dur à porter que ne le serait une passion criminelle ?

— Oh ! c’est cela, dit-elle en pleurant. Vous devinez donc tout, là où tout est énigme pour moi. Mes sens sont engourdis, je suis sans idées, enfin je vis difficilement. Mon âme est oppressée par une indéfinissable appréhension qui glace mes sentiments et me jette dans une torpeur continuelle. Je suis sans voix pour me plaindre et sans paroles pour exprimer ma peine. Je souffre, et j’ai honte de souffrir en voyant Victor heureux de ce qui me tue.

— Enfantillages, niaiseries que tout cela ! s’écria la tante dont le visage desséché s’anima tout à coup par un gai sourire, reflet des joies de son jeune âge.