Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, III.djvu/257

Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Aimeriez-vous, un lendemain de noces, de vous trouver sur une grande route ?

— C’est bien gênant.

— Je suis bien aise d’être venue ici, dit une dame, pour me convaincre de la nécessité d’entourer le mariage de ses pompes, de ses fêtes d’usage ; car je trouve ceci bien nu, bien triste. Et si vous voulez que je vous dise toute ma pensée, ajouta-t-elle en se penchant à l’oreille de son voisin, ce mariage me semble indécent.

Madame Évangélista prit Natalie dans sa voiture, et la conduisit elle-même chez le comte Paul.

— Hé bien, ma mère, tout est dit…

— Songe, ma chère enfant, à mes dernières recommandations, et tu seras heureuse. Sois toujours sa femme et non sa maîtresse.

Quand Natalie fut couchée, la mère joua la petite comédie de se jeter dans les bras de son gendre en pleurant. Ce fut la seule chose provinciale que madame Évangélista se permit, mais elle avait ses raisons. À travers ses larmes et ses paroles en apparence folles ou désespérées, elle obtint de Paul de ces concessions que font tous les maris. Le lendemain, elle mit les mariés en voiture, et les accompagna jusqu’au delà du bac où l’on passe la Gironde. Par un mot Natalie avait appris à madame Évangélista que si Paul avait gagné la partie au jeu du contrat, sa revanche à elle commençait. Natalie avait obtenu déjà de son mari la plus parfaite obéissance.


CONCLUSION.


Cinq ans après, au mois de novembre, dans l’après-midi, le comte Paul de Manerville, enveloppé dans un manteau, la tête inclinée, entra mystérieusement chez monsieur Mathias à Bordeaux. Trop vieux pour continuer les affaires, le bonhomme avait vendu son étude et achevait paisiblement sa vie dans une de ses maisons où il s’était retiré. Une affaire urgente l’avait contraint de s’absenter quand arriva son hôte ; mais sa vieille gouvernante, prévenue de l’arrivée de Paul, le conduisit à la chambre de madame Mathias, morte depuis un an. Fatigué par un rapide voyage, Paul dormit jusqu’au soir. À son retour, le vieillard vint voir son ancien client,