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la taille le lendemain de ton mariage ; rien n’est plus bourgeois que d’être grosse un mois après la cérémonie, et d’abord cela prouve qu’un mari ne nous aime pas bien. Si donc tu as des enfants, deux ou trois ans après ton mariage, eh ! bien, les gouvernantes et les précepteurs les élèveront. Toi, sois la grande dame qui représente le luxe et le plaisir de la maison ; mais sois une supériorité visible seulement dans les choses qui flattent l’amour-propre des hommes, et cache la supériorité que tu pourras acquérir dans les grandes.

— Mais vous m’effrayez, chère maman, s’écria Natalie. Comment me souviendrai-je de ces préceptes ? Comment vais-je faire, moi si étourdie, si enfant, pour tout calculer, pour réfléchir avant d’agir ?

— Mais, ma chère petite, je ne te dis aujourd’hui que ce que tu apprendrais plus tard, mais en achetant ton expérience par des fautes cruelles, par des erreurs de conduite qui te causeraient des regrets et embarrasseraient ta vie.

— Mais par quoi commencer ? dit naïvement Natalie.

— L’instinct te guidera, reprit la mère. En ce moment, Paul te désire beaucoup plus qu’il ne t’aime ; car l’amour enfanté par les désirs est une espérance, et celui qui succède à leur satisfaction est la réalité. Là, ma chère, sera ton pouvoir, là est toute la question. Quelle femme n’est pas aimée la veille ? sois-le le lendemain, tu le seras toujours. Paul est un homme faible, qui se façonne facilement à l’habitude ; s’il te cède une première fois, il cédera toujours. Une femme ardemment désirée peut tout demander : ne fais pas la folie que j’ai vu faire à beaucoup de femmes qui, ne connaissant pas l’importance des premières heures où nous régnons, les emploient à des niaiseries, à des sottises sans portée. Sers-toi de l’empire que te donnera la première passion de ton mari pour l’habituer à t’obéir. Mais pour le faire céder, choisis la chose la plus déraisonnable, afin de bien mesurer l’étendue de ta puissance par l’étendue de la concession. Quel mérite aurais-tu en lui faisant vouloir une chose raisonnable ? Serait-ce à toi qu’il obéirait ? Il faut toujours attaquer le taureau par les cornes, dit un proverbe castillan ; une fois qu’il a vu l’inutilité de ses défenses et de sa force, il est dompté. Si ton mari fait une sottise pour toi, tu le gouverneras.

— Mon Dieu ! pourquoi tout cela ?

— Parce que, mon enfant, le mariage dure toute la vie et qu’un