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et fut écrasant comme la foudre ; car il est des moments où les hommes sont investis d’un pouvoir inexplicable.

— Allez, qui que vous puissiez être, vous serez en sûreté sous mon toit, reprit gravement le maître du logis qui crut obéir à l’un de ces mouvements instinctifs que l’homme ne sait pas toujours expliquer.

— Dieu vous le rende, ajouta l’inconnu en laissant échapper un profond soupir.

— Êtes-vous armé ? demanda le général.

Pour toute réponse, l’étranger lui donnant à peine le temps de jeter un coup d’œil sur sa pelisse, l’ouvrit et la replia lestement. Il était sans armes apparentes et dans le costume d’un jeune homme qui sort du bal. Quelque rapide que fût l’examen du soupçonneux militaire, il en vit assez pour s’écrier : — Où diable avez-vous pu vous éclabousser ainsi par un temps si sec ?

— Encore des questions ! répondit-il avec un air de hauteur.

En ce moment le marquis aperçut son fils et se souvint de la leçon qu’il venait de lui faire sur la stricte exécution de la parole donnée ; il fut si vivement contrarié de cette circonstance, qu’il lui dit, non sans un ton de colère : — Comment, petit drôle, te trouves-tu là au lieu d’être dans ton lit ?

— Parce que j’ai cru pouvoir vous être utile dans le danger, répondit Gustave.

— Allons, monte à ta chambre, dit le père adouci par la réponse de son fils. Et vous, dit-il en s’adressant à l’inconnu, suivez-moi.

Ils devinrent silencieux comme deux joueurs qui se défient l’un de l’autre. Le général commença même à concevoir de sinistres pressentiments. L’inconnu lui pesait déjà sur le cœur comme un cauchemar ; mais, dominé par la foi du serment, il le conduisit à travers les corridors, les escaliers de sa maison, et le fit entrer dans une grande chambre située au second étage, précisément au-dessus du salon. Cette pièce inhabitée servait de séchoir en hiver, ne communiquait à aucun appartement, et n’avait d’autre décoration, sur ses quatre murs jaunis, qu’un méchant miroir laissé sur la cheminée par le précédent propriétaire, et une grande glace qui, s’étant trouvée sans emploi lors de l’emménagement du marquis, fut provisoirement mise en face de la cheminée. Le plancher de cette vaste mansarde n’avait jamais été balayé, l’air y était glacial, et deux vieilles chaises dépaillées en composaient tout le mobilier. Après