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Voyez ce qui se passe en Angleterre. Il semble que si le Communisme avait dû trouver quelque part une terre qui lui fût favorable, ce devait être le sol britannique. Là les institutions féodales plaçant partout, en face l’une de l’autre, l’extrême misère et l’extrême opulence, avaient dû préparer les esprits à l’infection des fausses doctrines. Et pourtant que voyons-nous ? Pendant qu’elles bouleversent le continent, elles n’ont pas seulement troublé la surface de la société anglaise. Le Chartisme n’a pas pu y prendre racine. Savez-vous pourquoi ? Parce que l’association qui, pendant dix ans, a discuté le régime protecteur n’en a triomphé qu’en jetant de vives lumières sur le principe de la Propriété et sur les fonctions rationnelles de l’État[1].

Sans doute, si démasquer le Prohibitionisme c’est atteindre le Communisme, par la même raison, et à cause de leur étroite connexité, on peut aussi les frapper tous deux en suivant, comme vous avez fait, la marche inverse. La restriction ne saurait résister longtemps devant une bonne définition du Droit de Propriété. Aussi, si quelque chose m’a surpris et réjoui, c’est de voir l’association pour la défense des monopoles consacrer ses ressources à propager votre livre. C’est un spectacle des plus piquants, et il me console de l’inutilité de mes efforts passés. Cette résolution du comité Mimerel vous obligera sans doute à multiplier les éditions de votre ouvrage. En ce cas, permettez-moi de vous faire observer que, tel qu’il est, il présente une grave lacune. Au nom de la science, au nom de la vérité, au nom du bien public, je vous adjure de la combler, et vous mets en demeure de répondre à ces deux questions :

  1. Voy. au tome II, l’introduction. (Note de l’éditeur.)