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M. Billault, feront un troisième pas, et d’autres, derrière ceux-là, un quatrième, jusqu’à ce que le Communisme ait prévalu[1].

De bons et solides esprits, comme le vôtre, s’épouvantent devant la rapidité de cette pente. Ils s’efforcent de la remonter ; ils la remontent, en effet, ainsi que vous l’avez fait dans votre livre, jusqu’au régime restrictif, qui est le premier élan et le seul élan pratique de la société sur la déclivité fatale ; mais en présence de cette négation vivante du droit de propriété, si, à la place de cette maxime de votre livre : « Les droits sont ou ne sont pas ; s’ils sont, ils entraînent des conséquences absolues, » vous substituez celle-ci : « Voici un cas particulier où le bien national exige le sacrifice du droit ; » à l’instant, tout ce que vous avez cru mettre de force et de raison dans cet ouvrage, n’est que faiblesse et inconséquence.

C’est pourquoi, Monsieur, si vous voulez achever votre œuvre, il faut que vous vous prononciez sur le régime restrictif, et pour cela il est indispensable de commencer par résoudre le problème économique ; il faut bien être fixé sur la prétendue Utilité de ce régime. Car, à supposer même que j’obtinsse de vous son arrêt de condamnation, au point de vue de la Justice, cela ne suffirait pas pour le tuer. Je le répète, les hommes sont ainsi faits que lorsqu’ils se croient placés entre le bien réel et le juste abstrait la cause de la justice court un grand danger. En voulez-vous une preuve palpable ? C’est ce qui m’est survenu à moi-même.

Quand j’arrivai à Paris, je me trouvai en présence d’écoles dites démocratiques et socialistes, où, comme vous savez, on fait grand usage des mots principe, dévouement, sacrifice, fraternité, droit, union. La richesse y est traitée de haut en bas, comme chose sinon méprisable, du moins se-

  1. Voy., au tome V, les dernières pages du pamphlet intitulé Spoliation et Loi. (Note de l’éditeur.)