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ni fer, ni bois, ni pain, ni vin, ni viandes, ni étoffes, etc., mais j’en puis produire la valeur. En définitive, ces choses doivent, pour ainsi dire, sortir, sous une autre forme, de ma scie et de mon rabot. Mon intérêt est d’en recevoir honnêtement la plus grande quantité possible contre chaque quantité donnée de mon travail. Je dis honnêtement, car je ne désire violer la propriété et la liberté de personne. Mais Je voudrais bien qu’on ne violât pas non plus ma propriété ni ma liberté. Les autres travailleurs et moi, d’accord sur ce point, nous nous imposons des sacrifices, nous cédons une partie de notre travail à des hommes appelés fonctionnaires, parce que nous leur donnons la fonction spéciale de garantir notre travail et ses fruits de toute atteinte, qu’elle vienne du dehors ou du dedans.

Les choses ainsi arrangées, je m’apprête à mettre en activité mon intelligence, mes bras, ma scie et mon rabot. Naturellement j’ai toujours les yeux fixés sur les choses qui sont nécessaires à mon existence. Ce sont ces choses que je dois produire indirectement en en créant la valeur. Le problème est pour moi de les produire le plus avantageusement possible. En conséquence, je jette un coup d’œil sur le monde des valeurs, résumé dans ce qu’on appelle un prix courant. Je constate, d’après les données de ce prix courant, que le moyen pour moi d’avoir la plus grande quantité possible de combustible, par exemple, avec la plus petite quantité possible de travail, c’est de faire un meuble, de le livrer à un Belge, qui me donnera en retour de la houille.

Mais il y a en France un travailleur qui cherche de la houille dans les entrailles de la terre. Or, il est arrivé que les fonctionnaires, que le mineur et moi contribuons à payer pour maintenir à chacun de nous la liberté du travail, et la libre disposition de ses produits (ce qui est la Propriété), il est arrivé, dis-je, que ces fonctionnaires ont conçu une