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d’oppression est plus odieux, le second est plus habile. Comme on a remarqué que le travail libre est plus intelligent et plus productif, les maîtres se sont dit : N’usurpons pas directement les facultés de nos esclaves, mais accaparons le produit plus riche de leurs facultés libres, et donnons à cette forme nouvelle de servitude le beau nom de protection.

Vous dites encore que la société est intéressée à garantir la propriété. Nous sommes d’accord ; seulement je vais plus loin que vous, et si par la société vous entendez le gouvernement, je dis que sa seule mission, en ce qui concerne la propriété, est de la garantir ; que s’il essaie de la pondérer, par cela même, au lieu de la garantir, il la viole. Ceci mérite d’être examiné.

Quand un certain nombre d’hommes, qui ne peuvent vivre sans travail et sans propriétés, se cotisent pour solder une force commune, évidemment ils ont pour but de travailler et de jouir du fruit de leur travail en toute sécurité, et non point de mettre leurs facultés et propriétés à la merci de cette force. Même avant toute forme de gouvernement régulier, je ne crois pas qu’on puisse contester aux individualités le droit de défense, le droit de défendre leurs personnes, leurs facultés et leurs biens.

Sans prétendre philosopher ici sur l’origine et l’étendue des droits des gouvernements, vaste sujet bien propre à effrayer ma faiblesse, permettez-moi de vous soumettre une idée. Il me semble que les droits de l’État ne peuvent être que la régularisation de droits personnels préexistants. Je ne puis, quant à moi, concevoir un droit collectif qui n’ait sa racine dans le droit individuel et ne le suppose. Donc, pour savoir si l’État est légitimement investi d’un droit, il faut se demander si ce droit réside dans l’individu en vertu de son organisation et en l’absence de tout gouvernement. C’est sur cette idée que je repoussais, il y a quelques jours, le