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pendant plusieurs années, ferait vivre tous les enfants sous le même habit, les nourrirait des mêmes aliments, les appliquerait aux mêmes études, les soumettrait aux mêmes exercices, les plierait, etc…

Gardons nous, ajoutait-il, de calomnier cette prétention de l’État d’imposer l’unité de caractère à la nation, et de la regarder comme une inspiration de la tyrannie. On pourrait presque dire, au contraire, que cette volonté forte de l’État d’amener tous les citoyens à un type commun, s’est proportionnée au patriotisme de chaque pays. C’est dans les républiques anciennes, où la patrie était le plus adorée, le mieux servie, qu’elle montrait des exigences les plus grandes à l’égard des mœurs et de l’esprit des citoyens… Et nous qui, dans le siècle écoulé, avons présenté toutes les faces de la société humaine, nous qui, après avoir été Athéniens avec Voltaire, avons un moment voulu être Spartiates sous la Convention, soldats de César sous Napoléon, si nous avons un moment songé à imposer d’une manière absolue le joug de l’État sur l’éducation, c’est sous la Convention nationale, au moment de la plus grande exaltation patriotique. »


Rendons justice à M. Thiers. Il ne proposait pas de suivre de tels exemples. « Il ne faut, disait-il, ni les imiter ni les flétrir. C’était du délire, mais le délire du patriotisme. »

Il n’en reste pas moins que M. Thiers se montre encore ici fidèle à ce jugement par lui prononcé : « L’Antiquité est ce qu’il y a de plus beau au monde. » Il montre une prédilection secrète pour le despotisme absolu de l’État, une admiration instinctive pour les institutions de Crète et de Lacédémone qui donnaient au législateur le pouvoir de jeter toute la jeunesse dans le moule, de la frapper, comme une monnaie, à son effigie, etc., etc.

Et je ne puis m’empêcher de signaler ici, car cela rentre bien dans mon sujet, les traces de ce conventionalisme classique qui nous fait admirer dans l’antiquité, comme des vertus, ce qui était le résultat de la plus dure et de la plus immorale des nécessités. Ces anciens qu’on exalte, je ne saurais trop le répéter, vivaient de brigandage, et, pour rien au monde, n’auraient touché un outil. Ils avaient pour ennemi le genre humain tout entier. Ils s’étaient condamnés à une guerre perpétuelle et placés dans l’alternative de