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Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 4.djvu/415

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L’étrangeté de la périphrase n’en empêche pas l’exactitude.

En effet, l’eau ne vaut pas. Elle n’a pas de valeur, quoiqu’elle ait de l’utilité. Si nous avions tous et toujours une source à nos pieds, évidemment l’eau n’aurait aucune valeur, puisqu’elle ne pourrait donner lieu à aucun échange. Mais est-elle à un quart de lieue, il faut l’aller chercher, c’est un travail, et voilà l’origine de la valeur. Est-elle à une demi-lieue, c’est un travail double, et, partant, une valeur double, quoique l’utilité reste la même. L’eau est pour moi un don gratuit de la nature, à la condition de l’aller chercher. Si je le fais moi-même, je me rends un service moyennant une peine. Si j’en charge un autre, je lui donne une peine et lui dois un service. Ce sont deux peines, deux services à comparer, à débattre. Le don de la nature reste toujours gratuit. En vérité, il me semble que c’est dans le travail et non dans l’eau que réside la valeur, et qu’on fait une métonymie aussi bien quand on dit : L’eau vaut deux sous, que lorsqu’on dit : J’ai bu une bouteille.

L’air est un don gratuit de la nature, il n’a pas de valeur. Les économistes disent : Il n’a pas de valeur d’échange, mais il a de la valeur d’usage. Quelle langue ! Eh ! Messieurs, avez-vous pris à tâche de dégoûter de la science ? Pourquoi ne pas dire tout simplement : Il n’a pas de valeur, mais il a de l’utilité ? Il a de l’utilité parce qu’il sert. Il n’a pas de valeur parce que la nature a fait tout et le travail rien. Si le travail n’y est pour rien, personne n’a à cet égard de service à rendre, à recevoir ou à rémunérer. Il n’y a ni peine à prendre, ni échange à faire ; il n’y a rien à comparer, il n’y a pas de valeur.

Mais entrez dans une cloche à plongeur et chargez un homme de vous envoyer de l’air par une pompe pendant deux heures ; il prendra une peine, il vous rendra un service ; vous aurez à vous acquitter. Est-ce l’air que vous