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Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 4.djvu/414

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ne comptera pas dans le marché ; le droit de refus s’y oppose.

Robinson chasse et Vendredi pêche. Il est clair que la quantité de poisson échangée contre du gibier sera déterminée par le travail. Si Robinson disait à Vendredi : « La nature prend plus de peine pour faire un oiseau que pour faire un poisson ; donne-moi donc plus de ton travail que je ne t’en donne du mien, puisque je te cède, en compensation, un plus grand effort de la nature… » Vendredi ne manquerait pas de répondre : « Il ne t’est pas donné, non plus qu’à moi, d’apprécier les efforts de la nature. Ce qu’il faut comparer, c’est ton travail au mien, et si tu veux établir nos relations sur ce pied que je devrai, d’une manière permanente, travailler plus que toi, je vais me mettre à chasser, et tu pêcheras si tu veux. »

On voit que la libéralité de la nature, dans cette hypothèse, ne peut devenir un monopole à moins de violence. On voit encore que si elle entre pour beaucoup dans l’utilité, elle n’entre pour rien dans la valeur.

J’ai signalé autrefois la métaphore comme un ennemi de l’économie politique, j’accuserai ici la métonymie du même méfait[1].

Se sert-on d’un langage bien exact quand on dit : « L’eau vaut deux sous ? »

On raconte qu’un célèbre astronome ne pouvait se décider à dire : Ah ! le beau coucher du soleil ! Même en présence des dames, il s’écriait, dans son étrange enthousiasme : Ah ! le beau spectacle que celui de la rotation de la terre, quand les rayons du soleil la frappent par la tangente !

Cet astronome était exact et ridicule. Un économiste ne le serait pas moins qui dirait : Le travail qu’il faut faire pour aller chercher l’eau à la source vaut deux sous.

  1. Voy. le chap. xxii de la Ire série des Sophismes. (Note de l’éditeur.)