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Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 4.djvu/413

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cipe ; qu’il n’est pas vrai que dans aucun art, dans aucun métier, dans aucune industrie, on se fasse payer les forces de la nature, et qu’à cet égard l’agriculture n’est pas privilégiée.

Il est des choses qui sont utiles sans que le travail intervienne : la terre, l’air, l’eau, la lumière et la chaleur du soleil, les matériaux et les forces que nous fournit la nature.

Il en est d’autres qui ne deviennent utiles que parce que le travail s’exerce sur ces matériaux et s’empare de ces forces.

L’utilité est donc due quelquefois à la nature seule, quelquefois au travail seul, presque toujours à l’activité combinée du travail et de la nature.

Que d’autres se perdent dans les définitions. Pour moi, j’entends par Utilité ce que tout le monde comprend par ce mot, dont l’étymologie marque très-exactement le sens. Tout ce qui sert, que ce soit de par la nature, de par le travail ou de par les deux, est Utile.

J’appelle Valeur cette portion seulement d’utilité que le travail communique ou ajoute aux choses, en sorte que deux choses se valent quand ceux qui les ont travaillées les échangent librement l’une contre l’autre. Voici mes motifs :

Qu’est-ce qui fait qu’un homme refuse un échange ? c’est la connaissance qu’il a que la chose qu’on lui offre exigerait de lui moins de travail que celle qu’on lui demande. On aura beau lui dire : J’ai moins travaillé que vous, mais la gravitation m’a aidé, et je la mets en ligne de compte ; il répondra : Je puis aussi me servir de la gravitation, avec un travail égal au vôtre.

Quand deux hommes sont isolés, s’ils travaillent, c’est pour se rendre service à eux-mêmes ; que l’échange intervienne, chacun rend service à l’autre et en reçoit un service équivalent. Si l’un d’eux se fait aider par une puissance naturelle qui soit à la disposition de l’autre, cette puissance