Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 4.djvu/39

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de savoir quel est le meilleur coureur, je conçois que vous égalisiez les fardeaux. Mais si vous aviez pour but de faire parvenir au poteau une nouvelle importante et pressée, pourriez-vous, sans inconséquence, créer des obstacles à celui qui vous offrirait les meilleures conditions de vitesse ? C’est pourtant là ce que vous faites en industrie. Vous oubliez son résultat cherché, qui est le bien-être ; vous en faites abstraction, vous le sacrifiez même par une véritable pétition de principes.

Mais puisque nous ne pouvons amener nos adversaires à notre point de vue, plaçons-nous au leur, et examinons la question sous le rapport de la production.

Je chercherai à établir :

1° Que niveler les conditions du travail, c’est attaquer l’échange dans son principe ;

2° Qu’il n’est pas vrai que le travail d’un pays soit étouffé par la concurrence des contrées plus favorisées ;

3° Que, cela fût-il exact, les droits protecteurs n’égalisent pas les conditions de production ;

4° Que la liberté nivelle ces conditions autant qu’elles peuvent l’être ;

5° Enfin, que ce sont les pays les moins favorisés qui gagnent le plus dans les échanges.


I. Niveler les conditions du travail, ce n’est pas seulement gêner quelques échanges, c’est attaquer l’échange dans son principe, car il est fondé précisément sur cette diversité, ou, si on l’aime mieux, sur ces inégalités de fertilité, d’aptitudes, de climats, de température, que vous voulez effacer. Si la Guyenne envoie des vins à la Bretagne, et la Bretagne des blés à la Guyenne, c’est que ces deux provinces sont placées dans des conditions différentes de production. Y a-t-il une autre loi pour les échanges internationaux ? Encore une fois, se prévaloir contre eux des iné-