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tèmes que ce faux principe fait éclore, un grand nombre, le plus grand nombre même ne partent d’intentions bienveillantes et généreuses. Mais ce qui est redoutable, c’est le principe lui-même. Le but manifeste de chaque combinaison particulière est d’égaliser le bien-être. Mais l’effet plus manifeste encore du principe sur lequel ces combinaisons sont fondées, c’est d’égaliser la misère ; je ne dis pas assez ; c’est de faire descendre aux rangs des misérables les familles aisées, et de décimer par la maladie et l’inanition les familles pauvres.

J’avoue que je suis effrayé pour l’avenir de mon pays, quand je songe à la gravité des difficultés financières que ce dangereux principe vient aggraver encore.

Au 24 février, nous avons trouvé un budget qui dépasse les proportions auxquelles la France peut raisonnablement atteindre ; et, en outre, selon le ministre actuel des finances, pour près d’un milliard de dettes immédiatement exigibles.

À partir de cette situation, déjà si alarmante, les dépenses ont été toujours grandissant, et les recettes diminuant sans cesse.

Ce n’est pas tout. On a jeté au public, avec une prodigalité sans mesure, deux sortes de promesses. Selon les unes, on va le mettre en possession d’une foule innombrable d’institutions bienfaisantes, mais coûteuses. Selon les autres, on va dégrever tous les impôts. Ainsi, d’une part, on va multiplier les crèches, les salles d’asile, les écoles primaires, les écoles secondaires gratuites, les ateliers de travail, les pensions de retraite de l’industrie. On va indemniser les propriétaires d’esclaves, dédommager les esclaves eux-mêmes ; l’État va fonder des institutions de crédit ; prêter aux travailleurs des instruments de travail ; il double l’armée, réorganise la marine, etc., etc., et d’autre part, il supprime l’impôt du sel, l’octroi et toutes les contributions les plus impopulaires.