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Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 4.djvu/287

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Je me demande si le droit de Propriété n’est pas un de ceux qui, bien loin de dériver de la loi positive, précédent la loi et sont sa raison d’être ?

Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, une question subtile et oiseuse. Elle est immense, elle est fondamentale. Sa solution intéresse au plus haut degré la société, et l’on en sera convaincu, j’espère, quand j’aurai comparé, dans leur origine et par leurs effets, les deux systèmes en présence.


Les économistes pensent que la Propriété est un fait providentiel comme la Personne. Le Code ne donne pas l’existence à l’une plus qu’à l’autre. La Propriété est une conséquence nécessaire de la constitution de l’homme.

Dans la force du mot, l’homme naît propriétaire, parce qu’il naît avec des besoins dont la satisfaction est indispensable à la vie, avec des organes et des facultés dont l’exercice est indispensable à la satisfaction de ces besoins. Les facultés ne sont que le prolongement de la personne ; la propriété n’est que le prolongement des facultés. Séparer l’homme de ses facultés, c’est le faire mourir ; séparer l’homme du produit de ses facultés, c’est encore le faire mourir.

Il y a des publicistes qui se préoccupent beaucoup de savoir comment Dieu aurait dû faire l’homme : pour nous, nous étudions l’homme tel que Dieu l’a fait ; nous constatons qu’il ne peut vivre sans pourvoir à ses besoins ; qu’il ne peut pourvoir à ses besoins sans travail, et qu’il ne peut travailler s’il n’est pas SÛR d’appliquer à ses besoins le fruit de son travail.

Voilà pourquoi nous pensons que la Propriété est d’institution divine, et que c’est sa sûreté ou sa sécurité qui est l’objet de la loi humaine.

Il est si vrai que la Propriété est antérieure à la loi,