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Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 4.djvu/221

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— Ah ! j’oubliais. J’admire comme il est aisé, en certains pays, de perpétuer les choses les plus impopulaires en leur donnant un autre nom.

— C’est comme les droits réunis, qui sont devenus des contributions indirectes.

— Et les gendarmes qui ont pris nom gardes municipaux.

— Bref, vous désarmez le pays sur la foi d’une utopie.

— J’ai dit que je licenciais l’armée et non que je désarmais le pays. J’entends lui donner au contraire une force invincible.

— Comment arrangez-vous cet amas de contradictions ?

— J’appelle tous les citoyens au service.

— Il valait bien la peine d’en dispenser quelques-uns pour y appeler tout le monde.

— Vous ne m’avez pas fait ministre pour laisser les choses comme elles sont. Aussi, à mon avènement au pouvoir, je dirai comme Richelieu : « Les maximes de l’État sont changées. » Et ma première maxime, celle qui servira de base à mon administration, c’est celle-ci : Tout citoyen doit savoir deux choses : pourvoir à son existence et défendre son pays.

— Il me semble bien, au premier abord, qu’il y a quelque étincelle de bon sens là-dessous.

— En conséquence, je fonde la défense nationale sur une loi en deux articles :

Art. 1er. Tout citoyen valide, sans exception, restera sous les drapeaux pendant quatre années, de 21 à 25 ans, pour y recevoir l’instruction militaire.

— Voilà une belle économie ! vous congédiez 400,000 soldats et vous en faites 10 millions.

— Attendez mon second article.

Art. 2. À moins qu’il ne prouve, à 21 ans, savoir parfaitement l’école de peloton.

— Je ne m’attendais pas à cette chute. Il est certain que