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Il sera contraint de se soumettre à ce que vous voulez lui imposer d’avance, à savoir : l’isolement.

Et ce sera l’idéal du régime prohibitif.

N’est-il pas plaisant que vous lui infligiez d’ores et déjà ce régime, dans la crainte qu’il ne coure la chance d’y arriver un jour sans vous ?



XVI. — LES FLEUVES OBSTRUÉS PLAIDANT POUR LES PROHIBITIONISTES.


Il y a quelques années, j’étais à Madrid. J’allai aux cortès. On y discutait un traité avec le Portugal sur l’amélioration du cours du Duero. Un député se lève et dit : « Si le Duero est canalisé, les transports s’y feront à plus bas prix. Les grains portugais se vendront à meilleur marché dans les Castilles et feront à notre travail national une concurrence redoutable. Je repousse le projet, à moins que MM. les ministres ne s’engagent à relever le tarif des douanes de manière à rétablir l’équilibre. » L’assemblée trouva l’argument sans réplique.

Trois mois après j’étais à Lisbonne. La même question était soumise au sénat. Un noble hidalgo dit : « Senhor presidente, le projet est absurde. Vous placez des gardes, à gros frais, sur les rives du Duero, pour empêcher l’invasion du grain castillan en Portugal, et, en même temps, vous voulez, toujours à gros frais, faciliter cette invasion. C’est une inconséquence à laquelle je ne puis m’associer. Que le Duero passe à nos fils tel que nous l’ont laissé nos pères. »


Plus tard, quand il s’est agi d’améliorer la Garonne, je me suis rappelé les arguments des orateurs ibériens, et je me disais : Si les députés de Toulouse étaient aussi bons économistes que celui de Palencia, et les représentants de